Stations-service: les professionnels boycottent Benali et menacent d’une grève nationale

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Stations-service: les pompistes boycottent Benali, menacent d’une grève nationale
Photo d'illutration © Sippakorn Yamkasikorn/Unsplash

Rien ne va plus entre Leila Benali et les professionnels des stations-service. Ces derniers menacent de boycotter les activités de la ministre.

La tension monte dans le secteur des hydrocarbures. La Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants des stations-service au Maroc (FGNPS) a annoncé, dans un communiqué daté du 24 septembre 2025, sa décision de boycotter la réunion convoquée par le ministère de la Transition énergétique et du développement durable, prévue le vendredi 26 septembre.

En toile de fond : un climat de défiance et de frustration vis-à-vis d’une tutelle accusée de « surdité administrative » et d’inaction face à une série de dossiers jugés urgents.

Un boycott pour dénoncer l’inaction

Si la réunion devait porter sur le déploiement du programme de marquage des produits pétroliers, les professionnels estiment que ce sujet ne peut constituer une priorité tant que les problèmes structurels du secteur restent sans réponse. « Nous n’avons jamais cessé d’adresser des correspondances à la ministre depuis près d’un an, sans recevoir la moindre réaction », déplorent les signataires du communiqué, Jamal Zrikem, président de la FGNPS, et Reda Nadifi, secrétaire général.

Les demandes des gérants portent notamment sur la légalité des ventes hors stations-service, un phénomène de plus en plus répandu qui mine la rentabilité des exploitants, ainsi que sur les abus imputés aux compagnies pétrolières vis-à-vis de leurs franchisés.

Un marché parallèle hors de contrôle

La Fédération tire la sonnette d’alarme sur la montée en puissance d’une économie parallèle du carburant, qualifiée de « marché noir légal ». Selon elle, le manque de contrôle et d’intervention ferme de la tutelle a favorisé l’essor de pratiques dangereuses :

  • des stations fixes transformées en points de vente mobiles sur roues,
  • des dépôts clandestins stockant du carburant sans normes de sécurité,
  • et des circuits d’approvisionnement opaques, échappant aux règles fiscales et environnementales.

Au-delà de l’aspect concurrentiel, ces dérives posent un risque réel pour la sécurité des citoyens, exposés à des installations illégales et potentiellement inflammables.

Des marges écrasées et un secteur au bord de l’asphyxie

Sur le plan économique, la Fédération dénonce des prix préférentiels accordés aux gros clients, souvent des entreprises, qui dépassent les marges bénéficiaires des détaillants. En clair, certaines stations se retrouvent dans l’incapacité de rivaliser avec des conditions tarifaires « injustes et destructrices ».

À cela s’ajoute une surabondance de stations-service sur le territoire, que les professionnels assimilent à une « bombe à retardement » menaçant l’équilibre du marché. Résultat : beaucoup de petites structures se trouvent dans une situation de précarité, avec le spectre de fermetures en série et de faillites.

Le communiqué n’hésite pas à dresser un tableau sombre : « Le secteur est menacé de crise ou sclérose cardiaque », déplorent les pompistes, évoquant un système saturé, concurrentiel au point de devenir invivable.

Vers une escalade sociale ?

La Fédération rejette par avance toute décision qui pourrait découler de la réunion prévue sans sa participation. Elle rappelle qu’elle demeure l’« unique représentant légitime et légal des professionnels » et estime que tout accord pris en son absence serait nul sur le plan moral et contestable sur le plan politique.

Lire aussi. Carburants: voici les marges des distributeurs au Maroc au 1er trimestre 2025

La menace est claire : si le ministère persiste à ignorer ses doléances, la Fédération envisage un calendrier d’actions de protestation. Parmi elles une manifestation nationale devant le siège de la tutelle à Rabat et, surtout, un appel à la grève générale des stations-service, dont la date sera annoncée ultérieurement.

Un tel mouvement pourrait avoir des conséquences lourdes sur l’approvisionnement en carburant, dans un contexte marqué par la volatilité des prix à la pompe et la pression de l’opinion publique sur la régulation du secteur.

Une équation politique sensible

Cette crise survient alors que le ministère tente d’affirmer son rôle de régulateur, dans un secteur dominé par un petit nombre de grands distributeurs. La défiance des gérants indépendants révèle un fossé grandissant entre les orientations gouvernementales et la réalité vécue sur le terrain.

La question désormais est de savoir si le gouvernement choisira la voie du dialogue ou celle du passage en force. Dans le second cas, le pays pourrait se retrouver face à une épreuve de force sociale dont les automobilistes feraient les frais en premier lieu.

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