Modernisation du transport urbain: le cri d’alarme des industriels marocains

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Les acteurs de la filière bus pensent être en mesure de rééditer l'exploit de 2021 où ils avaient fabriqués localement 200 bus

Affaiblie par les accords de libre-échange, la filière nationale de fabrication de bus pourrait trouver une aubaine dans le programme de modernisation du transport urbain, portant sur l’acquisition de milliers de bus. Sauf que la réglementation ne suit pas vraiment, déplorent les professionnels, avec à leur tête Adil Zaïdi.

Annoncé en fin d’année dernière, le programme de modernisation du transport urbain est entré dans sa phase opérationnelle. Plusieurs appels d’offres ont été lancés dans le pays depuis le début d’année. Tanger, Agadir et Marrakech ont déjà lancé leurs appels d’offres. Les autres villes et régions devraient suivre incessamment. L’objectif est de préparer le Maroc à la Coupe du monde de football 2030 avec un service de transport urbain offrant des prestations plus modernes et efficaces.

Pour ce faire, devront être mis en circulation des « bus équipés de technologies avancées pour le suivi des trajets et l’information des passagers, l’instauration de nouveaux systèmes de billetterie, ainsi que la réhabilitation des stations et des infrastructures nécessaires à leur fonctionnement », a indiqué le ministère de l’Intérieur, qui pilote cette opération.

Ce sont au total 3.700 bus qui arriveront sur le marché à l’occasion de ce renouvellement de parc. Alors que les premiers appels d’offres sont en train d’être lancés, les professionnels du secteur estiment que le Made-in-Morocco devrait prendre tout son sens dans ce programme.

Contacté par H24Info, Adil Zaïdi, président de la Fédération de l’Automobile, a indiqué que les acteurs de cette filière particulière y voient une opportunité unique pour relancer cette activité qui était florissante il y a 20 ans. Un succès aujourd’hui relégué aux calendes grecques, à en croire Adil Zaïdi, à cause des accords de libre-échange contractés par le Royaume depuis lors. Selon lui, ces accords ont causé du tort à certains secteurs, parmi lesquels le leur.

Lire aussi : Transport urbain au Maroc: 10 MMDH pour acquérir 3.500 bus

Pour Adil Zaïdi, ce programme peut être une véritable bouffée d’oxygène. « On a beaucoup perdu, et maintenant nous pouvons redémarrer, non seulement pour satisfaire ce besoin ponctuel, mais pour devenir une base par la suite pour pouvoir exporter », exprime-t-il. Une assurance que le président de la Fédération de l’automobile tient du fait que ce qui est en jeu, c’est 3 750 bus sur les 5 prochaines années, voire 7 000 bus, sachant que le Maroc a besoin de 20 000 bus pour faire la couverture totale du pays.

Ainsi, s’il ne fait aucun doute que la modernisation du transport urbain tombe à propos pour lui et ses pairs, Adil Zaïdi pense que cela se fera sous certaines conditions. « Il faut que les contrats soient lancés premièrement, qu’il y ait une centralisation et non pas une atomisation des demandes, que chaque région et ville fasse une demande », explique-t-il. Et de renchérir : « Il faut une nécessité du cahier des charges, et il faut des contrats sur 3 ou 4 ans, parce que vous ne pouvez pas faire une usine, embaucher des gens pour un an. C’est une usine ; il faut au minimum 5 ans, et après elle va vivre sa vie ».

Pour convaincre ceux qui douteraient de l’aptitude des acteurs du secteur à concurrencer valablement sur ce projet ambitieux, Adil Zaïdi rappelle le succès du projet Irizar. Un projet qui avait permis aux acteurs du secteur de produire 200 bus pour la commune de Casablanca. « On a eu quand même un taux d’intégration entre 48 et 60 % dans ce projet Irizar, et vous pouvez voir aujourd’hui que les bus fabriqués se comportent très bien, ont une bonne durée de vie, et les usagers sont satisfaits », stipule-t-il. Comme pour enfoncer le clou, il ajoute : « Surtout que ça a permis à 200 familles d’améliorer leur condition sociale ».

Malheureusement, la Fédération trouve qu’il y a quelques obstacles sur la voie de cette ambition. En effet, Adil Zaïdi déplore un favoritisme accordé à l’importation au détriment des entreprises locales. « Au niveau de la réglementation, on est défavorisé. Par exemple, si vous voulez faire une modélisation par type, vous pouvez le faire pour un véhicule importé entièrement carrossé, mais vous ne pouvez pas le faire pour un véhicule qui a été carrossé au Maroc. Cela signifie des coûts et des délais supplémentaires ».

Une démarche qui contraste fort avec la volonté royale de mettre en orbite le Made-in-Morocco. Il convient de noter que cette opération de renouvellement du parc des autobus concerne toutes les régions du Maroc et coûtera 11 milliards de dirham dont, 3,66 MMDH émanant des régions et le reste supporté par le le Fonds d’accompagnement de la réforme du transport routier urbain et interurbain (FART).

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