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Automobile: première baisse des exportations marocaines post-Covid, faut-il s’en inquiéter ?
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Les exportations du secteur automobile marocain ont atteint leur plus bas niveau pour un premier trimestre depuis la période post-COVID. Une situation liée au contexte délicat que traverse l’Europe, principal marché d’exportation. Alors que les acteurs du secteur se veulent rassurants, les chiffres, eux, sont implacables. Le point sur la situation.
Pour la première fois en cinq ans, le secteur automobile marocain se contracte. En effet, au premier trimestre 2025, les exportations du secteur automobile sont globalement passées dans le rouge. Selon les indicateurs publiés par l’Office des changes, les exportations de cette filière ont enregistré un chiffre d’affaires de 37,367 milliards de dirhams (MMDH) à fin mars 2025.
Or, à la même période l’an dernier, la performance de la filière s’était établie à 40,509 MMDH. Cette contraction représente une baisse de 3,142 MMDH en volume, soit 7,8 % en pourcentage. Une situation loin d’être anodine, qui pousse légitimement à s’interroger sur les causes de cette baisse, voire à s’inquiéter…
L’analyse des données de l’Office des changes montre que cette baisse globale est portée par deux des trois segments qui composent la filière : Construction et Extérieur, qui ont respectivement affiché un recul de 23,7 % et 14,2 %. Le segment des fils et câbles, quant à lui, a enregistré une hausse de 2,4 %.
Un autre élément pouvant expliquer ce repli est l’évolution du marché automobile européen, principale destination des exportations marocaines. « Le marché automobile européen (UE + AELE + Royaume-Uni) poursuit l’année 2025 avec des signaux contrastés », analyse la Fédération des Industries des Équipements pour Véhicules (FIEV).
Ce syndicat, qui regroupe les professionnels et acteurs français de l’automobile, souligne « un ralentissement du marché européen, dû à un contexte économique global instable, pesant à la fois sur les décisions d’achat des ménages et les investissements des entreprises ».
Un marché européen en pleine mutation
L’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA) précise ce ralentissement : « Au premier trimestre 2025, les nouvelles immatriculations de voitures dans l’UE ont diminué de 1,9 % par rapport au premier trimestre 2024 », révèle l’organisation.
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Cette baisse se traduit par un recul marqué des ventes de véhicules thermiques, qui ne représentent plus que 38,3 % de parts de marché, contre 48,3 % un an plus tôt. Les véhicules hybrides ont gagné du terrain auprès des consommateurs européens, atteignant 35,5 % de parts de marché, tandis que les véhicules électriques représentent désormais 15,2 % jusqu’en mars 2025.
Un optimisme contesté
«Une thématique fausse», estime Nassim Belkhayat à propos du prétendu recul du secteur automobile marocain. Pour le fondateur et directeur général de Neo Motor, « l’industrie automobile marocaine va très bien, indépendamment de ce qui pourrait se passer en Europe ».
Interrogé sur les indicateurs publiés par l’Office des changes, qui affichent pourtant un repli notable, Nassim Belkhayat renvoie la question à l’Association Marocaine pour l’Industrie et la Construction Automobile (AMICA). Cette dernière partage le même optimisme que le dirigeant de Neo Motor. Rachid Machou, nouveau président de la fédération, assure : « Il n’y a absolument aucune crainte à avoir. »
Élu en octobre dernier pour succéder à Hakim Abdelmoumen, il affirme : « Nous sommes sur le même trend que l’année dernière. » Pourtant, les données du commerce extérieur des cinq dernières années contredisent ces déclarations.
Des performances qui contrastent avec 2025
Hormis 2020, année marquée par l’impact du COVID, le secteur a maintenu une croissance positive les années suivantes. Une hausse record de 38,9 % a été enregistrée au premier trimestre 2021, maintenue à 6,9 % en glissement annuel, pour atteindre 44,8 % sur la même période en 2022 et 13,1 % au premier trimestre 2024.
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Contre toute attente, le premier trimestre 2025 a marqué une rupture, enrayant la dynamique haussière observée ces quatre dernières années.
Res Ipsa Loquitur… une remise en question nécessaire ?
Ces chiffres, en contradiction avec les discours rassurants des professionnels du secteur, traduisent-ils une stratégie d’évitement ? Que nenni ! défend Rachid Machou. Selon lui, « Certes, le marché européen connaît une baisse, mais celle-ci concerne principalement le segment premium, et non les véhicules d’entrée de gamme comme la Peugeot 208 ou la Dacia Logan. Or, les exportations marocaines ciblent principalement ces modèles, qui se vendent très bien sur ce marché. »
Son analyse rejoint celle d’Adil Zaidi, expert du secteur et président de la Fédération de l’Automobile. « Il est vrai que le marché européen, qui représente tout de même 75 % de nos exportations, est en recul. Pourtant, nos modèles ont généralement une élasticité inférieure. »
Les faits étant ce qu’ils sont, il faut bien admettre que le secteur automobile marocain marque un recul au premier trimestre 2025. Cette situation inédite depuis quatre ans est le résultat d’un contexte mondial incertain, combiné à une mutation irréversible du marché européen, désormais tourné vers les véhicules électriques et hybrides.
Aujourd’hui, la véritable question est de savoir si le secteur automobile marocain est prêt à produire en masse des véhicules électriques pour s’adapter à cette nouvelle réalité ?
