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Compléments alimentaires vendus en ligne: attention aux risques pour la santé
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Une tendance inquiétante se propage sur les réseaux sociaux : des influenceurs et des plateformes en ligne font la promotion de compléments alimentaires, chacun selon sa propre méthode de consommation, et ce, sans aucun avis médical.
En parcourant TikTok ou Instagram, les utilisateurs tombent rapidement sur des publicités vantant les bienfaits de produits qui promettent de lutter contre le stress et l’anxiété, de renforcer l’énergie, d’améliorer la concentration, de développer la masse musculaire ou encore de rééquilibrer les hormones, notamment chez les femmes.
Il de compléments alimentaires, souvent présentés comme naturels, qui contiennent des ingrédients comme le Shilajit, l’Ashwagandha, la spiruline, la moringa ou d’autres composés. Cependant, ces produits ne sont pas disponibles en pharmacie. Au Maroc, un complément alimentaire ne peut être commercialisé qu’en pharmacie ou en parapharmacie, et il est soumis à une autorisation préalable de l’Agence Marocaine du Médicament et des Produits de Santé (AMMPS) ou à une déclaration auprès de l’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA).
En l’absence d’une telle autorisation, toute vente est strictement illégale. Pourtant, de nombreux compléments sont facilement accessibles sur Internet, souvent via des sites étrangers ou des vendeurs sur les réseaux sociaux. Certains fabricants privilégient volontairement ce canal, en collaborant avec des influenceurs, afin d’accéder à un marché plus large tout en contournant la réglementation.
Mais cette stratégie n’est pas sans danger. Ces produits peuvent contenir des substances non déclarées, être mal dosés, ou même être de simples contrefaçons.
Dr Karim Ouali, médecin micronutritionniste, naturopathe et enseignant-chercheur, alerte vivement sur les dérives de ces pratiques. «Nous assistons à une banalisation préoccupante de l’automédication à travers des produits qui, sous prétexte d’être naturels ou miraculeux, peuvent être inefficaces voire dangereux, surtout lorsqu’ils sont achetés en ligne sans aucune garantie», souligne-t-il.
Il insiste sur le fait que les compléments alimentaires ne sont pas anodins et qu’ils doivent être intégrés dans une approche globale, fondée sur une évaluation clinique rigoureuse, des analyses biologiques et un suivi personnalisé. «Je ne recommande un complément que lorsqu’il repose sur des preuves scientifiques solides. La micronutrition est une branche de la médecine préventive et intégrative, qui tient compte de l’alimentation, du mode de vie et du fonctionnement global de l’organisme», ajoute-t-il.
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Le médecin insiste aussi sur la qualité des produits utilisés. « Personnellement, je ne travaille qu’avec des laboratoires reconnus, qui disposent d’un service de recherche et développement, et qui respectent des normes strictes de traçabilité, de biodisponibilité et de sécurité. Cela exclut automatiquement les produits vendus sur des plateformes douteuses ou anonymes, souvent sans aucun contrôle qualité».
Le vide juridique entourant la vente en ligne de ces produits au Maroc aggrave la situation. Certains compléments échappent à toute forme de contrôle, contiennent des substances interdites ou interagissent dangereusement avec des traitements médicaux.
Urgence d’un encadrement réglementaire
Un autre sujet de préoccupation majeur est le rôle des influenceurs et des vendeurs non qualifiés. Ces derniers recommandent des cures dites «miracles», sans aucune compétence médicale. « Un mauvais conseil peut entraîner des désordres métaboliques, des troubles hormonaux, des carences, voire nécessiter une hospitalisation. Il est crucial de rappeler qu’un complément, même naturel, a un véritable impact biologique», avertit le spécialiste.
Dans ce sens, Dr Ouali plaide pour un encadrement réglementaire plus strict de la vente en ligne de compléments alimentaires au Maroc, ainsi que pour une valorisation des professionnels formés en micronutrition. «La santé ne s’improvise pas. Elle repose sur des bases solides, notamment la prévention, l’éducation, l’écoute et l’accompagnement personnalisé. Les compléments peuvent être très utiles, à condition d’être bien prescrits, au bon moment et avec des produits de qualité.»
De son côté, Mohamed El Bouhmadi, président de la Fédération Marocaine de l’Industrie et de l’Innovation Pharmaceutiques (FMIIP), rappelle que tout complément alimentaire doit obligatoirement être autorisé par l’AMMPS ou l’ONSSA avant d’être mis sur le marché. «Le consommateur ignore souvent dans quelles conditions ces produits vendus exclusivement en ligne sont fabriqués. Malheureusement, il n’existe actuellement aucune législation spécifique qui encadre ce secteur», regrette-t-il.
Il ajoute que tout fabricant ou importateur de compléments alimentaires est tenu de s’enregistrer auprès de l’AMMPS ou l’ONSSA. Enfin, il met en garde les consommateurs : «Le risque de surdosage, de toxicité ou de troubles neurologiques est bien réel. Il ne faut jamais consommer ce type de produits de manière arbitraire, sans avis médical, et hors des circuits pharmaceutiques».
