Barrages : le Maroc dépasse 13 milliards de m³ et confirme son redressement hydrique

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Le Maroc dépasse les 13 milliards de m³ de réserves en eau dans les barrages
Le Barrage Driss 1er - Taounate est à un taux de remplissage de 95% avec 1,027 milliards de m³ © DR

Après des années de stress hydrique intense, le Maroc respire enfin : avec des réserves ayant presque doublé en un an, le Royaume franchit un cap historique dans la sécurisation de son « or bleu ».

Le Maroc a franchi un seuil important dans le stockage et la gestion de ses ressources hydriques, avec un total dépassant les 13 milliards de mètres cubes d’eau dans ses barrages au 20 avril 2026, marquant une amélioration significative par rapport à l’année précédente.

Selon les données publiées, lundi 20 avril, par la plateforme « Maadialna », relevant du ministère de l’Équipement et de l’Eau, le taux de remplissage des barrages est passé de 40 % à la même période en 2025, soit 6,7 milliards de m³, à 75,7 % en 2026, correspondant à un volume de 13,038 milliards de m³. Cette progression d’environ 94 % reflète un regain hydrique notable après plusieurs années de sécheresse.

Le bassin du Sebou, principale réserve hydrique du Maroc 

Le bassin du Sebou se positionne en tête à l’échelle nationale avec un volume de 4,7 milliards de m³ et un taux de remplissage de 87,5 %. Cette performance est portée notamment par le barrage Al Wahda, qui approche les 3 milliards de m³.

D’autres barrages de ce bassin, comme Idriss 1er (province de Taounate) et El Kansera (Oued Beht,  province de Khémisset), affichent également des taux élevés avoisinant respectivement 95 % et 92 %.

Le bassin du Loukkos confirme sa forte capacité de remplissage avec un taux de 92,7 %. Plusieurs barrages y ont atteint leur pleine capacité, notamment Dar Khrofa, Chérif Al Idrissi, et Chefchaouen, traduisant une abondance hydrique exceptionnelle dans le nord du Royaume.

Des performances contrastées selon les régions

Dans le bassin de l’Oum Er-Rbia, le volume stocké atteint 3,17 milliards de m³, avec un taux de remplissage de 63,3 %. Les barrages Bin El Ouidane, Hassan 1er et Ahmed El Hansali affichent de bonnes performances, contrairement au barrage Al Massira qui reste limité à 38 %.

Le bassin de la Moulouya enregistre 514 millions de m³ (73,2 %), soutenu par des niveaux élevés au niveau du barrage Mohammed V et du barrage sur l’oued Za, tandis que d’autres retenues restent en retrait.

Le bassin du Bouregreg atteint 92,4 % avec un volume de 1,46 milliard de m³, renforçant l’approvisionnement en eau de l’axe Rabat-Casablanca. De son côté, le bassin du Tensift affiche un taux exceptionnel de 96,1 %, avec des barrages quasiment pleins.

Des disparités persistantes au sud

Malgré cette amélioration globale, les bassins du sud présentent encore des niveaux plus faibles. Le bassin du Souss-Massa affiche 56,3 % avec 418 millions de m³, tandis que le bassin Drâa-Oued Noun ne dépasse pas 40,1 %, illustrant une pression climatique persistante.

Le bassin Guir-Ziz-Ghris atteint 54,2 % avec 310,9 millions de m³, avec des performances contrastées selon les barrages.

Un signal positif, mais des défis persistants

Pour les spécialistes, le dépassement des 13 milliards de m³ constitue un indicateur fort du redressement hydrique du pays. Cette amélioration est de nature à soutenir le secteur agricole, réduire la pression sur les nappes phréatiques et permettre une gestion plus souple des ressources en eau.

Cependant, cette dynamique positive ne dispense pas de poursuivre les efforts en matière de rationalisation de la consommation, de développement du dessalement de l’eau de mer et d’interconnexion des bassins, dans un contexte marqué par des défis climatiques structurels.

Potentiel hydrique de 140 milliards de m³, mais seulement 22 mobilisables

Le Maroc dispose d’un potentiel hydrique global estimé à environ 140 milliards de mètres cubes d’eau par an, issu principalement des précipitations, qui constituent la source essentielle d’alimentation des ressources en eau de surface et souterraines du Royaume.

Potentiel hydrique de 140 milliards de m³, mais seulement 22 mobilisables

Cependant, selon les données de la même plateforme rendues publiques ce mardi 21 avril, les ressources hydriques naturelles réellement mobilisables ne dépassent pas 22 milliards de mètres cubes par an, mettant en évidence un écart significatif entre le potentiel théorique et les capacités effectives d’exploitation.

Une répartition entre eaux de surface et souterraines

Sur ce volume mobilisable, environ 18 milliards de mètres cubes proviennent des eaux de surface, notamment les barrages et les cours d’eau, tandis que près de 4 milliards de mètres cubes sont issus des ressources souterraines.

Ces deux composantes constituent les piliers de l’approvisionnement en eau du pays, que ce soit pour l’agriculture, l’usage domestique ou les activités industrielles.

Une pression croissante sur les ressources

Cette répartition souligne l’importance stratégique d’une gestion durable des ressources hydriques, dans un contexte marqué par l’augmentation de la demande liée à la croissance démographique, ainsi que par les effets du changement climatique.

La raréfaction de l’eau et la variabilité des précipitations accentuent la nécessité d’optimiser l’exploitation des ressources existantes.

Des disparités entre bassins hydriques

La distribution des ressources en eaux souterraines varie selon les bassins hydriques du pays.

Le bassin du Sebou arrive en tête avec un potentiel estimé à environ 1.110 millions de m³ par an, suivi du bassin de la Moulouya (586 millions de m³) et du bassin du Tensift (528 millions de m³).

D’autres bassins présentent également des niveaux significatifs :

– Oum Er-Rbia : 512 millions de m³

– Souss-Massa : 499 millions de m³

– Guir-Ziz-Ghris : 244 millions de m³

En revanche, certains bassins disposent de ressources plus limitées :

– Drâa-Oued Noun : 202 millions de m³

– Loukkos : 110 millions de m³

– Bouregreg-Chaouia : 105 millions de m³

– Sakia El Hamra-Oued Eddahab : 22 millions de m³

Vers une gestion plus équilibrée

Ces données mettent en évidence la nécessité d’une gestion équilibrée et territorialisée des ressources en eau, tenant compte des spécificités de chaque bassin.

Lire aussi: Barrages du Maroc: les réserves d’eau explosent, +100% en un an

Elles soulignent également l’importance de diversifier les sources d’approvisionnement, notamment à travers le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées traitées et les projets de transfert interbassins.

Dans un contexte de stress hydrique croissant, le Maroc est appelé à renforcer ses politiques de rationalisation de l’usage de l’eau et à accélérer ses investissements pour sécuriser durablement ses ressources.

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