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Chronique. De la diplomatie économique à l’influence continentale: une thèse doctorale sur la stratégie marocaine au service du développement africain
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Le Royaume, sous l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, a su développer un modèle unique de « Morocco Inc. » dans lequel l’État, les entreprises publiques et le secteur privé coopèrent dans une stratégie concertée. Ce modèle, qui allie vision politique et performance entrepreneuriale, permet au Maroc d’être à la fois une plateforme économique régionale, un médiateur diplomatique et un modèle de coopération Sud-Sud. Cette stratégie a fait l’objet de la thèse doctorale soutenue par Dr Yassine El Yattioui, secrétaire général et chercheur associé à NejMaroc, chargé d’enseignement à l’Université Lumière Lyon II, spécialisé en relations internationales, diplomatie, intelligence économique et en géopolitique.
Cette thèse doctorale en anglais, soutenue à l’Université de Salamanque, la plus ancienne université d’Espagne et la septième plus ancienne du monde, constitue l’aboutissement d’un travail de recherche entamé en 2016, initialement amorcé dans le cadre d’un mémoire en français de Master en Intelligence Stratégique des Relations Internationales à l’Université Jean Moulin Lyon III. Elle s’inscrit dans une trajectoire intellectuelle et scientifique de neuf années de réflexion, de maturation et d’analyse approfondie des mutations de la diplomatie économique marocaine en Afrique, bien avant le retour du Royaume au sein de l’Union Africaine en 2017.
L’objectif fondamental de cette recherche est d’interroger la transformation du Maroc en acteur continental capable d’articuler économie, diplomatie et politique publique dans une même logique de projection stratégique.
L’étude s’appuie sur une approche interdisciplinaire mêlant science politique, économie internationale et études diplomatiques, mobilisant les travaux de chercheurs marocains et internationaux, tout en intégrant les discours royaux de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les données du groupe de l’Office Chérifien des Phosphates, du Policy Center for the New South, de la CGEM et de l’OCDE. Elle démontre que la diplomatie économique du Maroc est un instrument central de sa puissance et de sa gouvernance internationale.
Le Royaume, sous l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, a su développer un modèle unique de « Morocco Inc. » dans lequel l’État, les entreprises publiques et le secteur privé coopèrent dans une stratégie concertée. Ce modèle, qui allie vision politique et performance entrepreneuriale, permet au Maroc d’être à la fois une plateforme économique régionale, un médiateur diplomatique et un modèle de coopération Sud-Sud.
L’architecture de cette diplomatie économique repose sur plusieurs piliers : l’activisme monarchique, les institutions étatiques, le secteur privé, et les organismes de coopération. Entre 2000 et 2023, le Souverain a effectué 52 visites officielles dans 26 pays africains, signant plus de 1 000 accords dans les domaines du commerce, de la fiscalité, de l’énergie et de la finance (Ministère des Affaires étrangères, 2023). Ces missions diplomatiques ont permis de positionner le Maroc comme un acteur structurant du développement continental, notamment à travers des partenariats stratégiques avec le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Ghana. L’accord du gazoduc Nigeria-Maroc signé en 2016 incarne cette ambition d’interconnexion énergétique et d’intégration régionale.
Parallèlement, les acteurs économiques marocains, publics et privés ,ont été mobilisés pour traduire cette diplomatie en projets concrets. L’Office Chérifien des Phosphates (OCP), via sa filiale OCP Africa créée en 2016, opère désormais dans 16 pays africains et a investi plus de 6 milliards de dollars dans la construction d’usines d’engrais, la formation de centaines de milliers de petits agriculteurs et la cartographie des sols (OCP Group, 2023) et développe ainsi une véritable « diplomatie du fertilisant ».
Le secteur bancaire marocain est un autre vecteur majeur de cette stratégie. Les trois grandes banques : Attijariwafa Bank, Banque Centrale Populaire et Bank of Africa ,contrôlent plus de 30 % des actifs bancaires de l’UEMOA (BCEAO, 2023) et opèrent dans plus de 20 pays africains. Leur expansion a accompagné la diplomatie royale : chaque implantation correspond souvent à une visite d’État ou à un nouvel accord bilatéral. Ces établissements sont devenus des plateformes de financement du développement local, notamment à travers des programmes tels que le Club Afrique Développement (Attijariwafa Bank, 2022) qui connecte plus de 3 000 entrepreneurs de 17 pays africains.

Dans le domaine des télécommunications, Maroc Telecom s’est imposé comme la troisième marque africaine la plus influente après MTN et Safaricom, opérant dans 11 pays du continent. Dans le secteur des infrastructures et de la construction, le groupe TGCC (Travaux Généraux de Construction de Casablanca) et Ciments de l’Afrique (CIMAF) ont bâti près d’une quinzaine d’usines en Afrique de l’Ouest, créant des milliers d’emplois et transférant le savoir-faire marocain en matière de construction et de logement social. De même, des entreprises comme Saham Assurance, RMA Watanya, Lesieur Cristal, Sothema ou Cooper Pharma ont renforcé la présence du Maroc dans des secteurs aussi variés que l’assurance, l’agroalimentaire et la santé.
Au-delà du commerce et de l’investissement, la diplomatie économique marocaine repose sur une infrastructure institutionnelle solide. Casablanca Finance City (CFC) représente l’un des symboles les plus visibles de cette ambition continentale : véritable hub financier, CFC accueille plus de 200 entreprises internationales opérant dans les services financiers, le droit, l’audit et le conseil, facilitant les flux d’investissements vers l’Afrique (Yeandle, 2013). En 2023, CFC a signé des partenariats avec le Kigali International Financial Centre et le Mauritius IFC afin de créer un réseau d’intermédiation régionale.
Cette plateforme institutionnelle illustre la volonté du Maroc de se positionner comme une interface entre le Nord et le Sud, entre l’Afrique et le monde.
L’analyse menée dans cette thèse révèle que cette politique extérieure ne se limite pas à une diplomatie de projets, mais s’inscrit dans une diplomatie de valeurs et de normes. Le Royaume exporte ses standards techniques, réglementaires et éthiques : les modèles de conformité bancaire marocains ont été adoptés dans plusieurs États de l’UEMOA grâce aux filiales d’Attijariwafa Bank et de la Banque Populaire, tandis que les protocoles d’interconnexion de Maroc Telecom et les systèmes de certification agricole inspirés de l’OCP sont désormais référents au Sénégal et en Côte d’Ivoire (World Bank, 2023). Cette diffusion des normes marocaines traduit une forme d’influence structurelle, celle de la « puissance régulatrice » ,dans les institutions africaines (ECOWAS, BOAD, AfDB).
La recherche a également souligné le rôle des politiques publiques et des fondations royales dans la consolidation du soft power du Maroc. La Fondation Mohammed V pour la Solidarité a mené des actions humanitaires et de développement dans plusieurs pays africains (Mali, Sénégal, Guinée), construisant hôpitaux, centres de formation et logements sociaux pour un montant supérieur à 2 milliards de dirhams depuis 2010. De même, l’Agence Marocaine de Coopération Internationale (AMCI) et l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations (AMDIE) ont permis de structurer l’aide technique et l’insertion économique du Maroc dans les pays africains. L’accueil de plus de 18 000 étudiants subsahariens en 2023 (OECD, 2023) témoigne de l’investissement académique du Royaume dans le capital humain du continent.
Ainsi, la thèse met en lumière l’interdépendance croissante entre la diplomatie marocaine, les entreprises nationales et les politiques publiques. Des acteurs tels que l’OCP Group, Attijariwafa Bank, Banque Populaire, Bank of Africa, Maroc Telecom, RAM, TGCC, Saham Assurance, Ciments de l’Afrique, MASEN, ONHYM, Casablanca Finance City et la CGEM illustrent la capacité du Maroc à fédérer un écosystème d’acteurs économiques au service d’une vision stratégique. Cette synergie entre État et secteur privé confère au Maroc une position singulière dans le concert africain : celle d’un pays médiateur, innovateur et intégrateur.
La portée de cette thèse dépasse le cadre académique : elle se veut également un outil opérationnel au service des décideurs publics, des diplomates, des entreprises marocaines et des jeunes chercheurs. En analysant de manière critique les réussites et les limites de la diplomatie économique du Royaume, cette recherche contribue à la formulation de politiques publiques plus cohérentes, à la conception de stratégies d’influence durables et à la consolidation de l’image du Maroc comme acteur responsable du développement africain.
Ainsi, ce travail doctoral démontre que la puissance du Maroc n’est pas fondée sur l’abondance des ressources naturelles, mais sur la maîtrise des savoirs, des institutions et des réseaux. La diplomatie économique marocaine, adossée à une Vision Royale et à un appareil entrepreneurial intégré, illustre la manière dont un État de taille moyenne peut bâtir une influence continentale fondée sur la coopération, la confiance et la connaissance. Cette thèse souhaite ainsi servir de base scientifique et de référence pour tous ceux, universitaires, étudiants ou décideurs ,désireux de poursuivre la réflexion sur le rôle du Maroc dans le monde et sur l’avenir de la coopération africaine.
