Après avoir reçu plusieurs rapports faisant état de financement des associations par des fonds communaux…
Intoxications alimentaires: les associations de consommateurs proposent leur aide à Laftit
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Face à la recrudescence des intoxications alimentaires et des morts qu’elles occasionnent, les mesures prises par le gouvernement sont critiquées par les associations de consommateurs qui proposent une approche plus efficace, à leur sens.
Appelées maladies d’origine alimentaire (MOA) ou toxi-infections alimentaires (TIA) dans le jargon, les intoxications alimentaires sont récurrentes au Maroc. Elles sont la deuxième cause des cas d’intoxication recensées dans le pays après celles d’origine médicamenteuses. Les dernières statistiques officielles du Centre anti-poison et de pharmacovigilance du Maroc (CAPM) font état de 575 cas enregistrés en 2022 (contre 341 une année auparavant), représentant à peu près 14% des intoxications globales, et 2 décès. Même si l’on ne dispose pas des chiffres exacts pour l’année en cours, plusieurs cas ont été signalés à travers les Royaume, notamment à Tiznit, Casablanca et Marrakech où 6 personnes ont même perdu la vie.
Une situation que les associations de consommateurs jugent «catastrophique», trouvant «malheureux que cela arrive au Maroc», vu que «le consommateur est censé être protégé». Pour Ouadih Madih, président de la Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC), «une telle multiplication des cas d’intoxication est incompréhensible, alors que le Maroc dispose de structures habilitées à vérifier, contrôler et punir les professionnels qui ne respectent pas les règles d’hygiène indispensables et une bonne qualité de la nourriture».
Des mesures sans concertation
Face à la recrudescence de ces cas d’intoxication, le gouvernement a réagi. Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a récemment indiqué que les structures de contrôle existantes seront renforcées. Devant les parlementaires la semaine dernière, il a annoncé la création de 130 nouveaux bureaux communaux d’hygiène (BCH). Ces structures s’inscrivent, a-t-il, précisé dans les «prérogatives accordées aux conseils communaux et à leur président, dans le cadre de leur compétence en matière de salubrité publique, pour assurer un contrôle continu et permanent des produits alimentaires et des boissons exposés à la vente dans les cafés, les restaurants et les snacks, du personnel qui y exerce, ainsi que l’amélioration des conditions sanitaires dans les périmètres territoriaux des communes».
Cette mesure, censée mobiliser 260 médecins, 130 vétérinaires, 260 infirmiers et 260 techniciens de santé, devrait coûter 1,04 milliard de dirhams (MMDH). Une riposte qui, en l’état, risque de s’avérer inefficace selon les organisations consuméristes. Madih explique que ce n’est pas au ministère de l’Intérieur seul qu’incombe la responsabilité de contrer ce phénomène, mais aussi à «plusieurs autres départements concernés, notamment les ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce, ainsi que de la Santé».
Notre interlocuteur critique également la structuration des BCH qui, selon lui, ne disposent pas de moyens humains suffisants pour effectuer les opérations de contrôle et de vérification sur le terrain. Une condition qu’il trouve indispensable face à la multitude de points de vente, dont une grande portion opère dans l’informel sans autorisations.
Associer les consommateurs
Cette appréhension des organisations de consommateurs pourrait s’expliquer par le fait que la mesure présentée par le ministre de l’Intérieur n’est pas nouvelle. En effet, il y a 2 ans, un programme similaire prévu s’étendre jusqu’en 2024 avait été lancé par le même ministre pour une somme de 536 MDH. Le programme comprenait la création de 67 BCH, en plus de ceux qui existaient auparavant, et la mise en place d’une cellule nationale de veille sanitaire.
Et si en 2021 une baisse relative a été enregistrée, ces deux dernières années, on a assisté à une montée en flèche des cas d’intoxications qui soulève des interrogations. «Avant de mettre en place de nouvelles structures, il faudrait au préalable évaluer le travail des anciens bureaux et prendre les mesures nécessaires», fait remarquer Madih.
Pour freiner ce «problème de santé publique», à défaut de l’éradiquer, le président de la FNAC invite le ministère à prendre d’autres aspects en considération, notamment en s’appuyant sur des organisations de protection des consommateurs. Une alternative qu’il estime être aussi bien judicieuse que légale. «Le préambule de la loi 31-08, qui établit les mesures de protection du consommateur, stipule que les consommateurs ont le droit d’être représentés par leurs associations», soutient-il.
Déployer les guichets consommateur
Ainsi, pour Madih et ses pairs, il est grand temps, au regard de la situation critique actuelle, que le ministère de l’Intérieur les associe aux prises de décisions, en leur confiant les missions de surveillance et de contrôle de la multitude de points de ventes alimentaires dont une grande partie relève de l’informel. «Il est très important de contrôler toutes les autorisations qui ont été données par les conseils communaux, et vérifier si les établissements bénéficiaires ont eu l’aval de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires», martèle-t-il, ajoutant que cette exigence de surveillance et de contrôle dépasse les capacités des BCH dans leur structuration actuelle.
Madih évoque par ailleurs le renforcement des guichets consommateur. Ces structures créées depuis 2016 ont, selon lui, l’objectif de porter aux consommateurs, les conseils, l’orientation et d’agir dans le cadre de règlements de litiges opposant les consommateurs et les commerçants. Il préconise que ces structures, qui sont au nombre d’une cinquantaine reparties sur l’ensemble du territoire national, soient dotées des moyens matériels nécessaires en vue d’effectuer les vérifications d’usage. Elles pourront ainsi remonter les informations dont ont besoin les BCH et conseils communaux pour mener à bien leurs prérogatives et, quand c’est nécessaire, poursuivre les contrevenants.
L’intoxication alimentaire est bel et bien un cas de santé publique dont la résolution exige une approche de l’Etat qui soit à la fois vigoureuse et efficace. Et cela ne se fera pas sans les divers interlocuteurs concernés par la question.
