Le Roi Mohammed VI a adressé un message de félicitations à Mohamed Ould Cheikh El…
El Ghazouani à Washington: la neutralité de la Mauritanie sur le Sahara à l’épreuve
Publié le
La participation du président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani au mini-sommet de Washington avec Donald Trump, mardi, interroge sur l’avenir de la neutralité de son pays dans le conflit du Sahara, à l’heure où Rabat consolide son influence régionale.
Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani prend part, ce mardi 8 juillet, à un mini-sommet à Washington aux côtés de Donald Trump et de plusieurs dirigeants d’Afrique de l’Ouest et du Centre, dont les chefs d’État du Sénégal, du Gabon, de la Guinée-Bissau et du Libéria.
Au-delà du protocole, cette rencontre revêt une importance stratégique pour la diplomatie mauritanienne, confrontée à une recomposition régionale où le dossier du Sahara Marocain reprend une centralité politique.
Rompre avec la neutralité passive
Longtemps cantonnée à une neutralité «passive» pour le Maroc, la Mauritanie qui oscille entre une orientation visant à se prémunir des hostilités d’Alger et une quête de ses propres intérêts économiques, pourrait bien changer de cap sur le dossier saharien.
Nouakchott se retrouve au cœur d’un jeu d’équilibres complexes entre Rabat, Alger et Washington. Depuis l’accord tripartite entre le Maroc, les Etats-Unis et Israël et la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur les provinces du Sud fin 2020, la diplomatie régionale s’est recomposée autour de nouveaux axes d’influence dans lesquels la «neutralité» traditionnelle de Nouakchott semble de plus en plus difficile à maintenir.
Though it’s the first U.S.-Africa summit of this Trump administration, it’s unlikely to be the last. Nonres @RDay17 has some thoughts on how the U.S. and Africa can frame high-level diplomacy to create win-win scenarios:https://t.co/4f0tqkQ2k5
— Carnegie Africa Program (@AfricaCarnegie) July 3, 2025
Historiquement, la Mauritanie a adopté une posture de neutralité prudente sur le Sahara, après avoir été partie prenante du conflit jusqu’en 1979. Cette posture lui a permis de ménager ses relations avec Rabat comme avec Alger, tout en accueillant sur son territoire des réfugiés sahraouis et en entretenant des liens ambigus avec le front séparatiste du polisario.
El Ghazouani choisit son camp
Mais dans un contexte de montée en puissance du Maroc sur la scène africaine, de repli de la France au Sahel, et de rivalité croissante entre puissances internationales, les marges de manœuvre mauritaniennes se rétrécissent. La participation d’El Ghazaouani à ce sommet restreint –où le dossier du Sahara figure de manière implicite dans les discussions sur la sécurité, la coopération et l’intégration régionale– pourrait sonner comme un signal d’ajustement.
Le Maroc, de son côté, a multiplié les signaux de coopération envers Nouakchott, notamment en matière de sécurité, d’échanges commerciaux et de lutte contre le terrorisme. Le projet de port de Dakhla Atlantique, l’Initiative Atlantique lancée par le Roi Mohammed VI –avec une adhésion mauritanienne–, l’interconnexion électrique et les corridors logistiques Sud-Nord constituent des leviers puissants d’influence marocaine sur la Mauritanie.
Vers une inflexion mauritanienne
Dans ce contexte, la présence d’El Ghazaouani à Washington peut être vue comme un moment-charnière. Si la Mauritanie devait infléchir davantage sa posture, elle risquerait des tensions avec l’Algérie, mais gagnerait une place de choix dans l’architecture régionale en redéfinition autour du Maroc, des États-Unis et de leurs partenaires africains.
Reste à savoir si cette inflexion sera progressive ou assumée, et si Nouakchott saura transformer son statut de pont entre les blocs rivaux en levier stratégique, ou si elle en paiera le prix diplomatique.
