Une commission d'enquête parlementaire relevant de la Chambre des Conseillers a été mise en place…
Soutien aux filières bovine et ovine: l’opposition réclame une commission d’enquête parlementaire
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Des formations de l’opposition à la Chambre des représentants demandent la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les aides publiques accordées depuis fin 2022 aux grands importateurs de bétail.
Au centre d’une grosse polémique depuis quelques années, le soutien public à l’importation du bétail fait désormais l’objet d’un véritable bras de fer politique. En ligne de mire des partis de l’opposition, le soutien aux filières bovine et ovine qui aurait atteint 13,3 milliards de dirhams.
Dans un communiqué conjoint, les groupes parlementaires du Parti du progrès et du socialisme (PPS), du Mouvement populaire (MP) et du Parti justice et développement (PJD) ont annoncé une initiative commune pour constituer une commission parlementaire de vérité, en vertu de l’article 67 de la Constitution.
Cette commission aurait pour objectif de faire la lumière sur les mécanismes et les bénéficiaires réels des aides publiques octroyées dans le cadre de l’importation de bétail, notamment les moutons destinés à l’abattage pour l’Aïd al-Adha des années 2023 et 2024, avec trois soupçons majeurs: le manque de transparence, le favoritisme potentiel et une facture de plusieurs milliards de dirhams.
Des milliards engagés, peu de transparence
Depuis fin 2022, le gouvernement a mis en œuvre un ensemble de mesures exceptionnelles pour soutenir le secteur de l’élevage, frappé par la sécheresse et la hausse des prix.
Parmi ces mesures figurent l’exonération des droits de douane, la prise en charge de la TVA à l’importation, et même des subventions directes pour certains types de cheptel.
Mais selon l’opposition, le coût réel de ces aides pourrait s’élever à plusieurs milliards de dirhams, sans que leur impact concret ni leur transparence ne soient vérifiés.
Des «barons du bétail» dans le collimateur
Au cœur des critiques: des soupçons de favoritisme et de captation du soutien public par de grands opérateurs surnommés les “faraqchia” (voleurs de bétail en dialecte marocain). Ces commerçants influents du bétail sont soupçonnés d’avoir profité de manière disproportionnée des dispositifs publics au détriment des petits éleveurs.
Dans leur communiqué commun, les groupes parlementaires d’opposition affirment vouloir impliquer toutes les composantes du Parlement, majorité comprise, pour défendre l’intérêt public et le principe d’égalité des chances. Ils dénoncent également le manque de contrôle gouvernemental sur le respect des conditions liées à ces aides, qu’il s’agisse de prix, de destination, ou de critères de qualité.
Une initiative à l’avenir incertain
Si cette demande traduit une volonté de transparence et de jonction de la responsabilité à la reddition des comptes, elle risque de se heurter à des obstacles politiques, minorité numérique oblige. Le groupe de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), également de l’opposition, étudie l’éventualité de rejoindre l’initiative, mais même avec lui, regrouper la majorité nécessaire pour enclencher la procédure demeure très difficile.
L’initiative parlementaire vise aussi à questionner l’efficacité des politiques publiques agricoles et à s’assurer que les décisions prises dans l’urgence ne se transforment pas en rente déguisée pour quelques acteurs bien placés.
13,3 MMDH «dilapidés»
Cette initiative s’inscrit dans la foulée de la polémique sur les 13,3 milliards de dirhams (MMDH) «dilapidés» pour soutenir les importateurs de viandes rouges, déclenchée par les déclarations de Nizar Baraka, secrétaire général de l’Istiqlal et membre de la coalition gouvernementale, ainsi que par la sortie de Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS (opposition) à la suite de laquelle le gouvernement a communiqué sur l’aide exceptionnelle à l’importation de moutons pour l’Aïd al-Adha.
Dans un communiqué publié le 2 avril, le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts a indiqué que le coût de l’opération de subvention à l’importation exceptionnelle d’ovins destinés à l’Aïd al-Adha s’est élevé à 437 millions de dirhams (MDH), répartis entre 193 MDH en 2023 et 244 MDH en 2024.
Au total, 875.000 têtes d’ovins ont été importées: 386.000 en 2023 et 489.000 en 2024. L’opération a impliqué 156 importateurs (61 en 2023 et 95 en 2024), tous sélectionnés selon les critères définis par une décision conjointe du ministère de l’Économie et des Finances et du ministère de l’Agriculture.
Le ministère a également précisé que l’importation de bétail restait ouverte, avec la suspension maintenue des droits de douane et de la TVA. Ces mesures auraient permis de stabiliser l’offre et les prix des viandes rouges tout en préservant le cheptel national.
Des chiffres en trompe-l’oeil
Cependant, Benabdallah affirme que les chiffres du gouvernement ne prennent en compte que l’aide exceptionnelle à l’importation des ovins pour l’Aïd al-Adha et non l’ensemble de la filière.
Concernant les bovins, entre octobre 2022 et décembre 2024, 7,3 MMDH de droits d’importation ont été exonérés pour 120.000 têtes, et 744 MDH de TVA ont été levés entre février 2023 et octobre 2024, bénéficiant à 133 importateurs.
حول المبلغ الحقيقي الــــمُقدَّم لمستوردي الأغنام والأبقار حسب الوثائق الحكومية الرسمية. pic.twitter.com/hX9evowgl3
— Mohamed Nabil Benabdallah – محمد نبيل بنعبد الله (@BenabdallahMN) March 30, 2025
Pour les ovins, entre février 2023 et octobre 2024, 3,86 MMDH de droits d’importation ont été supprimés, ainsi que 1,16 MMDH de TVA, sans impact significatif sur les prix. Entre octobre et décembre 2024, 15,7 MDH d’exonérations douanières et 1,6 MDH de TVA ont également été accordés.
Au total, 144 importateurs ont bénéficié de ces mesures entre février 2023 et octobre 2024. Enfin, la subvention exceptionnelle pour l’Aïd al-Adha 2024 a concerné 474.312 ovins, portant le total des dépenses à 13,3 MMDH, selon l’opposition, qui continue de dénoncer une gestion inefficace et des prix toujours élevés.
