Le gouvernement espagnol assure avoir prévenu en amont l'Algérie de son soutien au plan d'autonomie…
Sahara: la réunion de Madrid ouvre la phase de mise en œuvre de l’autonomie
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La réunion de Madrid sur l’activation de la résolution onusienne 2797 relative à la fin du conflit autour du Sahara marocain, à travers la mise en œuvre pratique de la proposition d’autonomie, s’est achevée dimanche, sous un parrainage américain qualifié de « très efficace et opérationnel », au siège de l’ambassade des États-Unis dans la capitale espagnole. Les premières indiscrétions font état d’acquis arrachés par le Maroc.
Dans l’attente de la publication d’un communiqué officiel depuis Washington, un silence prévaut à la fois à Rabat et à Alger concernant les négociations « secrètes » qui se sont déroulées dimanche à Madrid. Certaines fuites indiquent qu’il y a eu des avancées, mais aussi des difficultés sérieuses ayant marqué la réunion. La méthodologie de l’administration américaine aurait toutefois imposé une évolution du dossier selon un calendrier opérationnel en vue des prochaines semaines.
La réunion s’est terminée sans conférence de presse conjointe, ce qui était attendu compte tenu de la sensibilité de la situation. La délégation américaine est la seule à être restée à l’ambassade pour rédiger le communiqué final « unilatéral », qui devrait être publié par le département d’État ou la Maison-Blanche dans la soirée.
Boulos et Waltz mènent les « négociations sur le Sahara »
Les négociations qui se sont tenues au siège de l’ambassade américaine à Madrid ont réuni le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, ses homologues algérien Ahmed Attaf et mauritanien Mohamed Salem Ould Merzoug, ainsi que le représentant du Front Polisario Mohamed Yeslem Beissat.
Ces discussions se sont déroulées en présence de Massad Boulos, conseiller principal du président américain Donald Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient, et de Michael Waltz, représentant permanent des États-Unis auprès de l’ONU, afin d’examiner la mise en œuvre de l’autonomie au Sahara conformément à la résolution 2797 votée par le Conseil de sécurité.
In Algiers, I met with President Tebboune, Foreign Minister Attaf, and Minister for Hydrocarbons and Mines Arkab. We reaffirmed the strong U.S.-Algerian bilateral relationship and discussed deepening our robust commercial and defense ties. Together, we are making progress on… pic.twitter.com/rpx5x2EBJq
— U.S. Senior Advisor for Arab and African Affairs (@US_SrAdvisorAF) January 27, 2026
Phase préparatoire
Aucun signal officiel n’a été émis par Rabat, Alger ou le Front Polisario sur le contenu de la réunion ou la nature exacte des délégations, ce qui a renforcé le flou entourant la démarche diplomatique en cours. Ce silence simultané est interprété par certains observateurs comme relevant de la logique même de la négociation.
Dans une déclaration à l’agence espagnole EFE, le spécialiste du dossier du Sahara Mohamed El Ghaith Maa El Ainin a expliqué que la confidentialité de telles réunions n’est pas nouvelle, mais constitue une caractéristique des phases préparatoires sensibles précédant tout processus formel.
Selon lui, l’isolement des discussions de la pression médiatique et populaire offre aux parties une marge de manœuvre plus large, notamment dans des dossiers complexes mêlant dimensions politiques, diplomatiques et sécuritaires.
Un document de 40 pages
Selon des sources algériennes concordantes, le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, aurait présenté un document de 40 pages exposant des visions élargies pour développer la proposition d’autonomie.
Des réunions avaient eu lieu en novembre dernier entre des représentants du Cabinet royal et des partis politiques, invités à proposer des mises à jour du projet. Les partis ont indiqué avoir transmis leurs mémorandums au Palais sans en révéler le contenu, dans la continuité de la réserve entourant ce dossier.
Reconnaissance implicite
En participant à cette réunion, les autres parties au conflit — à savoir le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, cette dernière adoptant une position de « neutralité passive » — acceptent désormais implicitement le plan d’autonomie marocain comme seule base des négociations, conformément à la dernière résolution du Conseil de sécurité appelant à la reprise des discussions sur la base de l’initiative marocaine d’autonomie.
« Tout a commencé à Madrid il y a un demi-siècle: cela s’y terminera-t-il?», s’est interrogé le militant sahraoui Mustafa Salma Ould Sidi Mouloud dans une publication sur Facebook. Et de souligner: « Le résultat de la rencontre de Madrid est que l’autonomie est passée, dans la pratique, du stade de la législation à celui de la mise en œuvre, après être devenue l’unique option sur la table depuis la résolution 2797. Cela confirme que le Maroc d’après le 31 octobre 2025 est différent de celui d’avant. C’est dans ce contexte que le négociateur marocain est entré dans ce cycle de négociations. »
Selon lui, les autres parties sont venues à la rencontre de Madrid sous la pression de l’administration Trump, et non par réelle volonté de trouver un règlement avec le Maroc.
Magouilles algériennes
Mustafa Salma a également interprété le refus de la partie algérienne de prendre part à une photo collective. « Leur approche consistait à ne rien montrer qui puisse indiquer l’acceptation de l’autonomie comme option unique (pas de photo, pas de communiqué commun). Ils estiment que leur acquis a été de pousser la proposition marocaine vers le couloir du traitement détaillé par une tierce partie (une commission technique), avec pour objectifs:
1 — ne pas entrer en confrontation avec l’administration américaine actuelle ;
2 — si l’autonomie doit être discutée, qu’elle le soit comme proposition d’une tierce partie sous un nouveau titre (“accord-cadre”) et non directement du Maroc, afin de satisfaire le public du Front ;
3 — rechercher des gains dans les détails (faire échouer le plan, le vider de sa substance ou obtenir le maximum d’avantages) », a-t-il écrit.
Une manche gagnée
Du point de vue de Mustafa Salma, « le document actualisé présenté par le Maroc sera très certainement plus détaillé sur les questions procédurales et formelles que sur les questions de fond, par précaution du négociateur marocain face aux concessions susceptibles d’être demandées lors des phases ultérieures des négociations ».
Le principal acquis réside ainsi, selon lui, dans la relance du processus de règlement après des années d’attente. « Nous avons gagné une phase de consultations sérieuses qui a redonné une dynamique au processus de règlement après des décennies d’enlisement », a-t-il écrit, avant de préciser que « le grand obstacle des prochains cycles sera la réponse à la question : quel prix chaque partie paiera-t-elle, et quelle contrepartie obtiendra-t-elle ? ».
Consultations Bourita-Albares
Le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita tient ce lundi à Madrid une réunion bilatérale avec son homologue espagnol José Manuel Albares, qui rencontrera également l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura, dans le cadre du suivi du processus onusien.
Ces rencontres font suite aux premières consultations organisées à l’ambassade des États-Unis à Madrid avec l’ensemble des parties, en présence de la partie américaine et de l’envoyé onusien. Bourita y a présenté les grandes lignes de la version actualisée de la proposition d’autonomie, en référence à la résolution 2797 d’octobre 2025.
Une première victoire diplomatique
Le Roi Mohammed VI avait annoncé, après l’adoption de la résolution, la préparation d’une version actualisée et détaillée de l’initiative d’autonomie destinée à être soumise aux Nations unies. C’est dans dans ce sens que des consultations avec les partis politiques ont été organisées le 10 novembre 2025 sous la supervision de conseillers royaux et de membres du gouvernement.
Le Maroc ressort gagnant diplomatiquement de cette réunion après avoir imposé le langage de la realpolitik et réussi à faire de son plan la référence unique. Les États-Unis, de leur côté, ont démontré qu’ils sont le seul médiateur effectif capable de réunir les adversaires dans une même salle, dépassant des années de blocage onusien.
Acquis du Maroc en substance
Résultats obtenus (selon des fuites présentées comme confirmées) :
1 — Acceptation du « document technique » : Washington a obtenu la reconnaissance par les parties, y compris l’Algérie, que l’initiative marocaine actualisée (40 pages) constitue « le seul document sur la table » pour la discussion technique. Il n’est plus question de « propositions alternatives ».
2 — Création d’un « comité technique permanent » : accord sur la mise en place d’un comité comprenant des experts juridiques du Maroc, de l’Algérie et de la Mauritanie, sous supervision américano-onusienne, chargé d’étudier les détails de la mise en œuvre de l’autonomie (fiscalité, justice, sécurité locale).
3 — Feuille de route « Madrid 2026 » : Washington serait parvenue à un accord procédural fixant la tenue d’une prochaine session à Washington en mai prochain en vue de la signature d’un « accord-cadre » politique.
Points de désaccord non résolus :
— Photo collective : Washington a tenté d’obtenir une photo de groupe réunissant Bourita, Attaf et Boulos (et éventuellement De Mistura) pour envoyer un message fort de réussite. La délégation algérienne a fermement refusé d’apparaître dans un cadre commun avec la délégation marocaine, afin d’éviter toute interprétation suggérant une normalisation politique avant une solution finale. La photo n’a pas été prise et la délégation algérienne a quitté les lieux par une porte latérale pour éviter les caméras, traduisant sa volonté de maintenir sa participation dans une posture « d’observateur », malgré son implication technique.
— Terminologie : un désaccord persiste autour de l’expression « autodétermination ». Le Maroc insiste pour qu’elle se réalise à travers l’autonomie, tandis que l’Algérie tente de maintenir la formulation classique, même si la pression américaine a penché en faveur de l’approche marocaine.
