“Mouvement des hôpitaux” : interdictions, arrestations et colère militante au Maroc

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Santé publique : l’Intérieur interdit les manifestations, l’AMDH et la gauche dénoncent une régression démocratique
© AMDH

La contestation sociale autour de la crise des hôpitaux marocains prend de l’ampleur. Face aux mobilisations pacifiques, le ministère de l’Intérieur répond par des interdictions et des arrestations, déclenchant une vague d’indignation parmi militants et organisations politiques.

La grogne sociale autour du secteur de la santé s’intensifie au Maroc. De Meknès à Essaouira, en passant par Agadir, Beni Mellal ou encore Tiznit, les citoyens multiplient les sit-in devant les hôpitaux pour dénoncer la dégradation alarmante des services publics. Mais le ministère de l’Intérieur a choisi la fermeté : interdictions préventives, dispersion des rassemblements et interpellations.

Dix manifestants arrêtés à Essaouira, trois militants interpellés à Tiznit, intervention musclée à Meknès et dans plusieurs villes… Les protestations populaires contre la dégradation du système de santé vont crescendo et le ministère de l’Intérieur intensifie les mesures de contrôle pour contenir la colère populaire. L’Association marocaine des droits humains (AMDH), la Ligue marocaine des droits de l’Homme et la Fédération de la gauche démocratique (FGD) dénoncent une atteinte aux libertés.

L’intérieur passe à l’action

Face à la multiplication des appels à protester pour dénoncer la détérioration du système de santé, le ministère de l’Intérieur est passé à l’action, émettant des décisions d’interdiction afin de limiter l’expansion de ces mobilisations. Les forces de l’ordre ont été déployées pour faire respecter ces interdictions, comme ce fut le cas dimanche devant l’hôpital régional d’Essaouira.

Des décisions similaires ont été prises dans d’autres villes, notamment Agadir, Meknès, Beni Mellal, Taounat, Tata, Tiznit, Sidi Ifni, Oulad Teima et Amizmiz (…), interdisant toute forme de rassemblement devant les structures hospitalières. Ces interdictions ont été justifiées par l’absence de déclarations préalables et par le risque supposé de trouble à l’ordre public.

Des dizaines d’arrestations

Les forces de l’ordre ont procédé, dimanche à Essaouira, à l’interpellation de dix personnes, dont quatre membres du bureau local de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), qui participaient à un sit-in organisé devant l’hôpital provincial pour dénoncer la détérioration des services de santé dans la région.

Le rassemblement, qui s’est tenu sous une forte présence policière, a été rapidement dispersé par la force publique, suscitant des protestations dans les rangs des militants qui y voient une restriction du droit à la manifestation pacifique.

À Tiznit, un militant de l’AMDH ainsi que deux activistes ont été arrêtés après l’interdiction d’une manifestation pacifique prévue devant l’hôpital provincial Hassan Ier. Ils ont été arrêtés par la police alors qu’ils tentaient de tenir le sit-in. L’action, appelée par des associations locales et des citoyens, visait à dénoncer la dégradation des services hospitaliers dans la région.

À Meknès, une intervention musclée des forces de l’ordre a été documentée par plusieurs vidéos en circulation sur les réseaux sociaux.

L’interdiction a été le mot d’ordre également à Sidi Ifni, Beni Mellal, Agadir, Tata et Amizmiz. Les autorités ont invoqué l’absence de déclarations préalables ou la « préservation de l’ordre public ».

Risque de trouble à l’ordre public

Ces interdictions ont été justifiées par l’absence de déclarations préalables et par le risque supposé de trouble à l’ordre public.

Le bâcha de Sidi Ifni et celui de Tiznit ont ainsi interdit des manifestations prévues devant les hôpitaux régionaux, tandis que le bâcha d’Agadir a suivi le même protocole après des rassemblements qui avaient conduit à la visite du ministre de l’Intérieur et à plusieurs changements dans l’administration hospitalière locale. À Tata et Beni Mellal, les autorités ont mis en garde contre les conséquences de la non-obéissance à ces interdictions.

Une réaction critiquée

Ces décisions ont suscité une large indignation, notamment auprès des organisations de défense des droits humains. La section de la Ligue marocaine des droits de l’Homme à Tata a dénoncé le caractère arbitraire de ces interdictions, soulignant que les manifestations étaient pacifiques et visaient à défendre un droit constitutionnel fondamental : le droit à la santé.

Lire aussi. Essaouira: dix manifestants interpellés lors d’un sit-in devant l’hôpital provincial

Les associations critiquent la gestion catastrophique des hôpitaux, évoquant la pénurie de personnel médical, le manque de matériel, la fermeture de services essentiels et la pratique consistant à transférer les cas graves vers l’hôpital Hassan II d’Agadir, devenu tristement célèbre comme une “voie de la mort”.

Selon les défenseurs des droits humains, ces interdictions ne sont pas de simples mesures administratives, mais constituent une violation flagrante des droits et libertés fondamentales, protégés par la Constitution et les conventions internationales relatives aux droits humains.

L’AMDH dénonce le recours à la répression

L’AMDH dénonce une “campagne répressive centralisée” visant à dissimuler l’incapacité chronique du système de santé : infrastructures vétustes, manque d’équipements, déficit de personnel et pénuries de médicaments. L’association exige la libération immédiate des personnes arrêtées, l’ouverture d’une enquête indépendante et la mise en place d’une véritable politique publique de santé.

La Fédération de la gauche démocratique (FGD) a également dénoncé une “régression démocratique”. Le parti rappelle que la répression sécuritaire ne saurait se substituer au dialogue social et appelle le gouvernement à s’attaquer aux racines des mobilisations : le droit à la santé, à l’éducation et à des services publics de qualité.

Pour les défenseurs des droits humains, le constat est clair : ces interdictions ne relèvent pas de simples mesures administratives mais constituent une violation flagrante des libertés fondamentales, garanties par la Constitution et les conventions internationales.

Face à une crise hospitalière qui alimente la colère populaire, les autorités se trouvent désormais face à un dilemme : maintenir la logique répressive ou ouvrir un véritable dialogue pour répondre aux revendications sociales.

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