Sebta et Melilia : un ex-responsable du Pentagone évoque une « marche verte » et ravive les tensions

Publié le
Michael Rubin relance le débat sur les présides occupés et questionne le rôle de l’OTAN
Michael Rubin relance le débat sur les présides occupés et questionne le rôle de l’OTAN © DR

Une tribune suffit parfois à rallumer des débats sensibles. Celle de Michael Rubin, ancien responsable du Pentagone et chercheur au Middle East Forum, a provoqué un véritable émoi en Espagne comme au Maroc. En suggérant l’organisation d’une « nouvelle marche verte » vers les présides occupés de Sebta et Melilia, l’analyste américain a remis sur la table un dossier historique à forte charge politique.

Dans son analyse, Rubin estime que le Maroc pourrait s’inspirer de la Marche verte de 1975 — qui avait mobilisé 350.000 civils — pour revendiquer les deux « enclaves espagnoles » sans recours à la force militaire.

Selon lui, une mobilisation populaire pacifique placerait Madrid dans une position délicate, tout en évitant une escalade armée. Une hypothèse théorique, mais hautement symbolique, qui fait écho à un moment fondateur de l’histoire marocaine contemporaine.

L’OTAN au cœur des controverses

L’un des points les plus discutés de la tribune concerne le rôle de l’OTAN. Rubin avance que l’Alliance atlantique ne serait pas automatiquement engagée en cas de tension autour de Sebta et Melilia.

Il s’appuie sur une lecture des articles 5 et 6 du traité, estimant que le mécanisme de défense collective pourrait ne pas s’appliquer à des territoires situés hors du périmètre euro-atlantique. Une interprétation contestée, notamment en Espagne, où les deux villes sont considérées comme partie intégrante du territoire national.

Un appel à une issue politique

Au-delà de la dimension stratégique, Rubin invite le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez à « assumer son discours anticolonial » en mettant fin à la présence espagnole en Afrique du Nord. Une position qui, là encore, alimente la controverse.

Ce n’est d’ailleurs pas sa première sortie sur le sujet : il avait déjà appelé les États-Unis à reconnaître Sebta et Melilia comme territoires marocains, à l’image de la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara.

Pressions géopolitiques et inquiétudes à Madrid

Ces déclarations interviennent dans un contexte international tendu, marqué par des frictions entre Madrid et Washington, notamment après le refus espagnol d’autoriser l’usage des bases de Rota et Morón dans le cadre d’opérations militaires contre l’Iran.

Selon plusieurs médias espagnols, cette décision a été perçue comme un signal négatif par les États-Unis, qui ont redéployé certains moyens vers d’autres bases européennes.

Dans ce contexte, des analystes espagnols pointent un facteur supplémentaire : le rôle croissant du Maroc dans les équilibres régionaux. Une éventuelle recomposition des alliances pourrait, selon eux, renforcer la sensibilité du dossier des enclaves.

Une ambiguïté stratégique persistante

Le statut de Sebta et Melilia reste un point de friction majeur. Leur non-mention explicite dans le périmètre de l’article 5 de l’OTAN alimente les interrogations au sein de certains cercles militaires espagnols.

Dans les scénarios les plus spéculatifs, certains experts évoquent même la possibilité d’une pression diplomatique ou symbolique marocaine, inspirée de la Marche verte, qui testerait les équilibres actuels.

Le Maroc, entre prudence et position stratégique

Malgré les spéculations, Rabat ne s’est pas positionné comme alternative aux bases espagnoles dans le contexte des tensions avec Washington. Des sources espagnoles soulignent que le Maroc n’a pas proposé de solution de repli logistique pour les forces américaines.

Selon La Razón, les États-Unis restent attachés à leurs installations en Espagne, notamment la base de Rota, considérée comme un pivot stratégique en Méditerranée et en Afrique du Nord.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Sebta et Melilia : un ex-responsable du Pentagone évoque une « marche verte » et ravive les tensions

S'ABONNER
Partager
S'abonner