Maroc: forte hausse des agressions commises par des malades mentaux

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un malade mental
Un malade mental. ©DR

Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a annoncé qu’en 2024, la Sûreté nationale a enregistré 475 affaires d’agression impliquant des personnes atteintes de troubles mentaux, soit près du double des 246 cas recensés en 2023.

Ces chiffres ont été annoncés en réponse à une question écrite adressée par la députée Khadija Arouhal, membre du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Le ministre a précisé que les autorités agissent dans le cadre juridique du Dahir du 10 avril 1959, en organisant régulièrement des campagnes sécuritaires destinées à repérer les cas à risque. Ainsi, 435 personnes ont été interpellées en 2024, et 255 autres durant les cinq premiers mois de 2025.

Laftit a souligné que son département travaille en coordination avec les secteurs concernés pour trouver des solutions concrètes à ce phénomène préoccupant.

Cependant, plusieurs drames survenus ces dernières années suscitent des interrogations sur l’efficacité des mécanismes de suivi et de prise en charge. À ce sujet, Laftit est revenu sur le tragique événement de mai dernier à Taroudant, lorsqu’une personne souffrant de troubles mentaux a tué un jeune homme à l’aide d’une pierre.

Lire aussi: Maladie mentale et criminalité: des liens invisibles décryptés par Dr. Imane Kendili, psychiatre

Le ministre a qualifié ce drame de «cas isolé», tout en reconnaissant qu’il a relancé le débat sur l’urgence de revoir les politiques publiques de santé mentale et sur l’adéquation des moyens mis en œuvre pour prévenir de telles tragédies.

Défaillance structurelle

Dans un récent entretien avec H24Info, la psychiatre et addictologue Imane Kendili a tiré la sonnette d’alarme sur le manque de suivi psychologique des patients atteints de troubles mentaux. «Ce n’est pas une erreur individuelle, mais une défaillance structurelle. Aujourd’hui, au Maroc, un patient peut sortir d’un hôpital psychiatrique sans traitement, sans relais, sans filets. Il ne reste que l’oubli, la honte, la solitude, jusqu’à ce que quelque chose, ou quelqu’un, casse», a-t-elle déploré.

Pour l’experte, hospitaliser temporairement ces personnes, leur administrer des soins puis les relâcher sans accompagnement ne fait qu’aggraver les risques d’agressions futures. «Ces crimes nous obligent à repenser toute notre approche de la santé mentale».

Elle pointe aussi du doigt l’indifférence. «Nous avons collectivement peur de la folie. Nous la réduisons souvent à un fait divers. (…) Mais le vrai scandale, c’est l’indifférence. L’indifférence qui tue. Celle qui commence quand un patient cesse son traitement, et qu’on ne le revoit plus, jusqu’à ce qu’il réapparaisse dans le sang», a mis en garde Dr Kendili.

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