Réseaux sociaux au Maroc: pourquoi le contenu médiocre domine-t-il l’audience?

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Le logo de l'application TikTok affiché sur l'écran d'un téléphone. © AFP

Au Maroc, dans le monde de la création de contenu, un contraste frappant s’impose: tout le monde critique et dénonce la médiocrité qui envahit les réseaux sociaux, mais ce même contenu est massivement regardé, partagé et encouragé. Cette contradiction soulève des questions profondes sur la relation que le public marocain entretient avec les plateformes numériques.

Pour le sociologue Mehdi Alioua, professeur à l’Université Internationale de Rabat (UIR), la société marocaine accuse encore un retard dans la compréhension des conséquences des réseaux sociaux et de certains types de contenus, en particulier chez les jeunes.

Il explique que les contenus circulant sur les médias sociaux sont, en réalité, le reflet direct de la société elle-même. Sur ces plateformes, chacun peut s’exprimer, publier un message, une vidéo ou quelques mots. Or, tout le monde n’est pas artiste, intellectuel, sociologue, économiste ou analyste politique. La majorité produit donc un contenu correspondant à ses capacités d’expression, à son niveau d’instruction et à ses compétences.

Même les personnes capables de produire des analyses ou des interventions plus profondes sont limitées par les formats imposés par les plateformes: vidéos très courtes, écriture condensée, nécessité de capter rapidement l’attention. Ce cadre technique impose, selon notre interlocuteur, une simplification, voire un appauvrissement du message.

À cela s’ajoute un facteur structurel qu’est les inégalités dans l’accès au savoir et à la culture. Au Maroc, la qualité de l’expression écrite ou orale reste largement dépendante de l’école et du parcours éducatif. Tous n’ont pas reçu les mêmes outils pour développer un vocabulaire riche, une pensée nuancée ou des compétences d’analyse, que ce soit en arabe ou en français. «Un grand nombre de Marocains lisent, s’informent, visitent, se cultivent; leurs contenus reflètent naturellement un niveau plus élevé». D’autres, n’ayant pas bénéficié du même accès ou du même encouragement, produisent des contenus plus pauvres. Le résultat est un paysage numérique très inégal, miroir de la fracture culturelle de la société, a expliqué le sociologue.

Réseaux sociaux : un effet psychologique puissant

meta - applications - reseaux sociaux
Les logos des application du groupe Meta affichés sur un écran de smartphone. ©DR

Mais le phénomène ne s’explique pas uniquement par la compétence ou la culture: «il existe aussi un effet psychologique puissant». Le contenu médiocre est plus accessible et plus facile à comprendre, mais il attire également par «voyeurisme». Selon Mehdi Alioua, beaucoup de gens le regardent pour se moquer, pour critiquer, ou simplement par curiosité malsaine. «En tant qu’êtres humains, nous avons tous une part d’attirance pour ce qui est transgressif, ridicule ou problématique».

Dans la vie réelle, en présence d’amis, de collègues ou de membres de la famille, ce type de curiosité est réprimé: la morale sociale joue son rôle. Mais seul derrière un écran, invisible, tout devient possible. «On regarde des contenus ordinaires, absurdes ou médiocres, parfois avec un plaisir qu’on n’assume pas. L’anonymat libère des comportements qui ne seraient pas assumés dans la sphère publique».

Le sociologue a expliqué que cette combinaison d’accessibilité, voyeurisme et anonymat explique la popularité massive de ces contenus.

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«Cela ne signifie pas que ceux qui les consomment les approuvent réellement. Beaucoup les regardent presque malgré eux, hypnotisés et attirés par leur dimension négative. On pourrait même parler d’une légère dose de perversité, ou du moins d’un attrait psychologique pour ce qui choque, dérange ou amuse de manière superficielle», a-t-il ajouté.

Ainsi, le contenu médiocre ne prospère pas uniquement parce qu’il existe, il prospère parce qu’il répond à plusieurs facteurs sociologiques, psychologiques et technologiques. C’est la rencontre entre un public curieux, parfois frustré, parfois désœuvré, des plateformes qui encouragent la simplicité et la rapidité, et une société encore inégalement préparée à l’ère du numérique.

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