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Travail des enfants au Maroc: le CESE plaide la «tolérance zéro»
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Alors que le nombre de mineurs sur le marché du travail a chuté de 80 % en un quart de siècle, le Conseil économique, social et environnemental exhorte les pouvoirs publics à franchir un nouveau cap. L’institution plaide pour une politique transversale, territorialisée et dotée de moyens réels pour éradiquer définitivement les formes d’exploitation de plus en plus insidieuses qui persistent dans le Royaume.
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) plaide pour un véritable changement d’échelle dans la lutte contre le travail des enfants au Royaume. Dans un avis de Une intitulé « Pour une politique publique effective d’éradication du travail des enfants au Maroc », l’institution dresse un état des lieux sans concession de la situation et formule une série de recommandations clés pour accélérer l’extinction définitive de ce fléau.
Le Conseil met d’emblée en avant les progrès substantiels accomplis par le Royaume au cours des dernières décennies. À la faveur de réformes législatives, institutionnelles et sociales d’envergure, le Maroc a considérablement consolidé son arsenal de protection de l’enfance, s’alignant de fait sur les conventions internationales ratifiées. L’interdiction stricte du travail avant l’âge légal, la prohibition des tâches dangereuses pour les mineurs ainsi que le déploiement d’une feuille de route nationale à l’horizon 2030 ont permis d’asseoir un cadre réglementaire rigoureux.
Ces efforts soutenus ont généré des résultats concrets. Selon les indicateurs officiels repris par le CESE, le volume d’enfants âgés de 7 à 17 ans engagés dans une activité économique s’est effondré, passant de 517 000 en 1999 à près de 101 000 en 2024, soit une baisse spectaculaire de plus de 80 %. Une trajectoire vertueuse que le Conseil attribue à la mobilisation convergente des pouvoirs publics, des acteurs de terrain et des institutions spécialisées, au premier rang desquelles l’Observatoire national des droits de l’enfant (ONDE), placé sous la présidence effective de Son Altesse Royale la Princesse Lalla Meryem.
Des formes d’exploitation de plus en plus insidieuses
Pour autant, le CESE avertit que ces avancées, aussi notables soient-elles, ne sauraient justifier l’autosatisfaction, l’objectif d’une éradication totale restant à atteindre. Le phénomène persiste et se déplace sous des formes particulièrement aiguës. Les travaux dits dangereux constituent aujourd’hui la configuration la plus répandue, mais l’institution pointe également la rémanence du travail domestique, du travail forcé, de la mendicité organisée ou encore des réseaux d’exploitation sexuelle.
Le Conseil identifie plusieurs facteurs de blocage structurels à l’origine de cette résistance. Il évoque en priorité la vulnérabilité financière des ménages, les défaillances du système éducatif qui brisent les parcours scolaires, ainsi que le poids prépondérant de l’économie informelle. En parallèle, l’avis met en lumière les angles morts des dispositifs de prévention, de protection et de contrôle. Si le cadre juridique marocain offre théoriquement un haut niveau de garantie, certaines de ses mailles s’avèrent obsolètes face aux mutations du marché et à l’émergence de nouveaux risques. Le CESE cite à ce titre la nomenclature des travaux dangereux interdits aux mineurs, régie par un décret de 2010 qui n’a jamais fait l’objet d’une actualisation depuis seize ans.
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Le rapport pose également un regard critique sur l’architecture de la gouvernance publique, déplorant une fragmentation des initiatives nationales qui demeurent trop sectorisées, ce qui nuit gravement à leur lisibilité et à leur efficacité globale. À ce cloisonnement central s’ajoutent les limites des maillages territoriaux de protection de l’enfance, structurellement bridés par un déficit chronique de ressources et un manque de coordination entre les intervenants.
Enfin, l’avis relève la faible implication du secteur privé, dont la mobilisation reste cantonnée à une poignée de grandes entreprises engagées dans des chartes de responsabilité sociétale (RSE). Sur le front opérationnel, si les associations de proximité s’imposent comme la clé de vufe du repérage et de la prise en charge des enfants vulnérables, elles se heurtent quotidiennement à des capacités humaines, techniques et financières largement en deçà des exigences de terrain.
