Violence numérique: un rapport accablant révèle l’enfer vécu par les femmes au Maroc

Publié le
ATEC-violence numérique
Lors de la conférence de presse de présente du rapport thématique de l'ATEC sur la violence numérique, le 25 novembre 2025 à Casablanca. ©H24Info

A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, qui s’inscrit dans la campagne mondiale des 16 jours d’activisme, l’Association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté a dévoilé un nouveau rapport alarmant sur la violence numérique à l’égard des femmes et des filles au Maroc.

L’Association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté (ATEC) a tenu, hier mardi 25 novembre, une conférence de presse au cours de laquelle elle a présenté son nouveau rapport thématique sur la violence numérique à l’égard des femmes et des filles. L’élaboration de ce rapport s’est appuyée sur diverses activités de sensibilisation et de plaidoyer, en cohérence avec les engagements pris par l’État ces dernières années en matière de protection des droits des femmes, a précisé l’organisation.

Les données révèlent une progression de formes variées de violence numérique envers les femmes au Maroc, telles que le harcèlement, la diffamation, le chantage numérique, l’atteinte à la vie privée et le cyberharcèlement. En particulier, les cas de harcèlement sexuel par messages écrits ou électroniques sont passés de 95 en 2022 à 220 en 2023. De même, les affaires de diffamation et d’atteinte à la vie privée ont connu une augmentation durant la même période.

L’on apprend également que la majorité des auteurs de violences numériques sont des personnes proches ou connues des victimes, ce qui aggrave la situation et rend la dénonciation plus difficile.

Les centres d’écoute de l’ATEC ont, pour leur part, accueilli 535 femmes et filles victimes de violences numériques en 2023. La majorité des victimes étaient âgées de 18 à 38 ans, une tranche d’âge particulièrement exposée en raison de sa forte présence sur les réseaux sociaux. Plus en détails, près de 40% avaient entre 28 et 38 ans, et 45 % disposaient d’un niveau d’étude universitaire.

Lire aussi: Intimidation numérique: les femmes et les jeunes filles premières cibles au Maroc (ATEC)

Toujours selon le rapport, les plateformes les plus utilisées par les agresseurs étaient WhatsApp, Facebook et Messenger et les formes de violence les plus fréquentes incluaient l’envoi de contenus à caractère sexuel, le chantage sexuel ou financier et les menaces. S’agissant des conséquences psychologiques observées, elles vont du stress et de la panique à l’apparition de pensées suicidaires dans certains cas.

Malgré l’ampleur du phénomène, 79 % des victimes ne déposent aucune plainte, principalement en raison de la peur du chantage, de la crainte de représailles et de la stigmatisation sociale.

D’autre part, l’unité mobile d’ATEC, active dans les milieux scolaires, a également observé une forte vulnérabilité chez les mineures: « 43 % des victimes étaient des élèves et 23 % des étudiantes. Les actes les plus récurrents sont le harcèlement, l’intimidation, le chantage et la diffusion de rumeurs« , fait savoir l’association.

Ces constats soulignent l’urgence de renforcer les mécanismes de protection, de sensibilisation, ainsi que de consolider l’application des dispositions juridiques existantes. « Chaque jour, de nouveaux groupes apparaissent sur les réseaux sociaux, diffusant des contenus violents portant gravement atteinte à l’image de la femme marocaine et encourageant des comportements inadmissibles« , s’est indignée Bouchra Abdou, présidente de l’ATEC, lors de la conférence de presse.

Observatoire national

Cette rencontre a aussi été l’occasion d’annoncer officiellement la création de l’Observatoire national pour la protection contre la violence numérique. Ce nouvel espace de coordination, qui regroupe plusieurs associations partenaires engagées dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, couvre 7 régions du Maroc: Souss-Massa, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Marrakech-Safi, Béni Mellal-Khénifra, Fès-Meknès, l’Oriental et Casablanca-Settat.

Sa mission: « prévenir les différentes formes de violence numérique, à renforcer la protection des victimes, et à améliorer la coordination entre les acteurs concernés« , a expliqué l’association. La présidente Bouchra Abdou a également souligné que l’Observatoire mènera un travail de suivi approfondi des différentes formes de violences numériques, rendues encore plus complexes par l’usage des algorithmes et de l’intelligence artificielle.

Lire aussi: L’AFEM lance «She Green» pour accompagner les femmes entrepreneures dans leur transition écologique

L’ATEC déplore que malgré les avancées introduites par la loi 03-22 relative à la lutte contre la violence à l’égard des femmes, plusieurs lacunes persistent et empêchent encore d’assurer une protection complète et effective des femmes, notamment en matière de prévention, de sécurité et d’accompagnement. Elle réaffirme ainsi son engagement à poursuivre ses efforts pour améliorer le cadre juridique et institutionnel et garantir un accès équitable à la justice.

Dans un autre volet, elle s’est penchée sur la question des peines alternatives. Bien que la loi 43-22 constitue une réforme importante, l’association met en garde contre les risques liés à son application dans les cas de violences faites aux femmes et aux filles. « Le recours aux peines alternatives dans ce type de crimes pourrait exposer les survivantes à de nouvelles formes de danger et affaiblir la protection qui leur est due« , conclut l’ATEC.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Violence numérique: un rapport accablant révèle l’enfer vécu par les femmes au Maroc

S'ABONNER
Partager
S'abonner