Canada: comment les Marocains du Nouveau-Brunswick vivent le Ramadan

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Un panneau installé devant la mairie de la ville de Moncton en 2024. DR

Les Marocains du Nouveau-Brunswick, au Canada, ont entamé ce samedi 1er mars le mois sacré du Ramadan. Un mois qui amorce une immersion spirituelle, mais se caractérise surtout par des traditions culinaires très particulières. Et c’est dans les magasins à saveurs méditerranéenne que ces MRE font leurs emplettes, pour honorer le menu ramadanesque.

À Moncton, les magasins halal connaissent actuellement une véritable effervescence à quelques jours du début du mois sacré. Pour la plupart des clients, il ne s’agit plus de s’approvisionner en produits hahal, mais surtout d’acheter les condiments qui serviront pour les recettes dites « spéciale Ramadan ».

Plus qu’un simple acte d’achat, les Marocains du Canada espèrent ainsi réveiller une douce nostalgie avec des plats traditionnels aux saveurs d’un endroit aujourd’hui lointain qu’ils appelaient, il y a pas si longtemps, « chez nous ».

«Aujourd’hui, je suis venu faire mes courses ici pour acheter des produits qu’on ne trouve pas dans les supermarchés réguliers (ordinaires). Il s’agit de la farine spéciale (fino) pour le msemen ou encore des graines sésames et autres ingrédients de Selou», nous dit Amina, membre de la communauté Marocaine installée au Nouveau-Brunswick.

«En plus, les senteurs et les arômes me procurent une véritable bouffée pour maintenir un lien palpable avec nos racines surtout en cette période d’avant le Ramadan. Ce mois, ce n’est pas uniquement le jeûne, c’est aussi les odeurs», affirme cette jeune femme qui a parcouru une heure de route pour faire ses emplettes.

L’épicerie, gérée par un Tunisien, s’est créé une certaine clientèle au fil des ans. Ici, le propriétaire enrichit son offre en produits selon les demandes des communautés maghrébins, mais aussi africaines. «On essaie de toucher le plus d’immigrés qui n’arrivent pas à trouver des épices ou des condiments de chez eux. C’est difficile ici au Nouveau-Brunswick d’avoir tout ce qu’on veut contrairement au Québec. Mais par rapport aux années passées, la situation s’améliore de mieux en mieux», nous précise le caissier de ce magasin.

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Dans cette ville, considérée comme la plus peuplée de la province du Nouveau-Brunswick, il y a une importante communauté musulmane de différentes nationalités, ainsi qu’un grand nombre d’étudiants. Depuis quelques années, il y a eu une floraison d’épiceries maghrébins et arabes dans cette ville et ses alentours, ce qu’on appelle le Grand Moncton.

Tous ces commerces varient leurs offres selon les périodes allant du Ramadan jusqu’au Aid El Kabir. On y trouve tout, ou presque. Pratiquement partout, les étalages d’aliments halal, de produits spécialisés sont mis en évidence et occupent des espaces de plus en plus grands

À Tracadie, dans la péninsule acadienne, la circulaire de la semaine d’un supermarché d’une chaîne américaine d’épicerie franchisée a mis en avant des offres et des produits « spécial Ramadan » comme les dattes. Il s’agit d’un événement quasi-inédit dans une région où la communauté musulmane avait, il n’y a pas si longtemps, des difficultés à acheter halal ou des produits de leurs pays d’origine.

Saveurs du Ramadan

«On essaie de varier nos rayons du mieux qu’on peut en piochant dans le catalogue du groupe. On est un peu chanceux d’avoir des employées de différents origines qui nous aiguillent vers tel ou tel produit. Les clients nous sollicitent aussi. La plupart des produits que nous proposons viennent du Québec», explique le gérant.

Malgré la diversité des offres, certains n’arrivent pas à boucler la liste des ingrédients du menu ramadanesque. C’est le cas de Meriem, une jeune femme installée dans la péninsule, qui a finalement eu recours à la famille. «J’ai reçu par la poste les condiments nécessaires pour finaliser la table du ftour. Comparé à ce que j’allais payer en me déplaçant hors de la région et le temps que cela m’aurait pris, je dirais que j’ai fait des économies», nous raconte-t-elle.

En plus aux aspects culinaires, le Ramadan est aussi un rythme de vie différent. Ceux qui le peuvent, demandent à leurs employeurs d’aménager leurs plannings durant le mois du jeûne. «On essaie de ne pas être d’astreinte pour pouvoir être en famille, à la table, au moment du ftour. Ce n’est pas toujours évident. Les gens sont généralement compréhensifs, mais on peut pas en abuser tous les jours», nous confie Souhail qui travail en tant qu’aide soignant.

Cette période est également marquée par la prière accrue, la lecture du Coran et le partage avec les moins fortunés. Chaque jour après la rupture du jeûne, certains musulmans du Nouveau-Brunswick se rassembleront dans les mosquées pour les prières nocturnes spéciales, les tarawih. Sauf que ces lieux de cultes, souvent des salles gérées par des associations, sont assez nombreux.

Mis à part certaines villes étudiantes comme Fredericton, Moncton ou encore Bathurst, les mosquées sont quasi-inexistantes. Parfois, ces associations manquent de bénévoles et ne peuvent ouvrir ces lieux qu’occasionnellement. De plus, l’absence d’appels à la prière crée une déconnexion spirituelle pour certains membres de la diaspora marocaine.

Malgré ces difficultés, la résilience des Marocains se manifeste dans leur capacité à ajuster les traditions du Ramadan à la réalité du Canada, tout en préservant l’essence spirituelle de ce mois sacré.

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