Premier épisode demain de l’émission Paroles d’Experts. Trois rendez-vous seront programmés dans la semaine avec…
“Paroles d’Experts” de Faïçal Tadlaoui. Face à face avec Nizar Baraka, ministre de l’Equipement et de l’Eau
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“Paroles d’Experts” entame une série de rencontres avec nos ministres pour évoquer les sujets d’actualité les concernant, même (et surtout) les sujets qui fâchent. Premier invité, Nizar Baraka, ministre de l’Equipement et de l’Eau et Secrétaire général de l’Istiqlal, qui analyse dans cet épisode la sécheresse historique et le stress hydrique sans précédent que subit le Maroc. L’entretien met en lumière les défis critiques et les solutions structurelles engagées pour sécuriser l’approvisionnement en eau du pays.
Le Maroc traverse actuellement sa huitième année consécutive de sécheresse. Un phénomène d’une ampleur inédite qui dépasse les références historiques des années 1980, marquées alors par trois années sèches, une année de répit, puis deux nouvelles années de déficit. En ce 28 octobre 2025, la situation hydrique du Royaume s’est transformée en véritable défi de souveraineté.
« Nous vivons une sécheresse historique », reconnaît d’entrée Nizar Baraka, rappelant que la demande en eau a explosé en lien avec la démographie galopante, l’essor touristique et le développement industriel. Le pays est passé de 25 millions d’habitants dans les années 80 à près de 40 millions aujourd’hui, et le nombre de touristes a été multiplié par dix pour atteindre 17 millions.
Cette pression quantitative s’ajoute à un autre facteur aggravant : le dérèglement climatique. Le ministre précise que « nous sommes à 1,8 degré de plus que la normale », provoquant une évaporation accélérée des ressources. L’été 2025 a été particulièrement éprouvant, avec un mois de septembre marqué par des records de consommation d’eau liés aux températures extrêmes.
Dans ce contexte, le Maroc a fait évoluer son approche : « On est passé d’une logique de mobilisation de l’eau à une logique de mix hydrique », affirme le ministre. Il s’agit d’un tournant stratégique, intégrant non seulement les barrages et les nappes souterraines, mais surtout le développement de l’eau non conventionnelle via le dessalement. Ce changement s’est accompagné d’une montée en puissance rapide. Le ministre rappelle : « Nous sommes passés de 32 millions de mètres cubes de dessalement quand on est arrivés au gouvernement, à 320 millions aujourd’hui. »
Projets structurants
Cette capacité repose sur des projets structurants déployés à travers le Royaume. À Boujdour, la première unité de dessalement au sud du pays est déjà fonctionnelle. À Agadir, la station opérationnelle permet de desservir aussi bien les habitants que le périmètre agricole. Des infrastructures sont en place à El Jadida et à Safi, notamment via les stations industrielles de l’OCP. Une nouvelle station est également en cours de finalisation à Safi. À Casablanca, un projet de grande ampleur prévoit une capacité de 200 millions de mètres cubes, extensible à 300 millions. Des installations sont également en développement à Dakhla, Nador, Driouch, Tanger, Tantan et Guelmim.
Parallèlement à l’augmentation de la production, le ministère cherche à limiter les pertes. Chaque jour, le Maroc perd environ 1,5 million de mètres cubes d’eau stockée à cause de l’évaporation — soit, sur l’année, l’équivalent du volume transféré entre Sebou et Bouregreg. Pour atténuer ce phénomène, une innovation est testée : « Nous avons installé des plaques solaires flottantes sur les barrages, notamment près du port de Tanger Med, ce qui nous permettra de réduire de 40 à 45 % l’évaporation », indique le ministre.
Au-delà de l’eau, un engagement pour le pays
Mais les réponses à la crise ne peuvent être uniquement techniques. Nizar Baraka insiste sur la réforme de la gouvernance de l’eau. Il appelle à dépasser une gestion fragmentée pour aller vers une coordination renforcée entre l’administration centrale, les agences de bassin, les collectivités locales et les acteurs du monde économique. L’agriculture, premier consommateur d’eau du pays, est également appelée à se transformer. Des actions sont en cours pour encourager la reconversion vers des cultures moins consommatrices et promouvoir l’irrigation localisée.
En fin d’émission, l’échange s’élargit à la place de Nizar Baraka dans le paysage politique national, en tant que ministre mais aussi secrétaire général du Parti de l’Istiqlal. Interrogé sur son rôle, il insiste sur la complémentarité entre les fonctions exécutives et les responsabilités partisanes. Il affirme que son action s’inscrit dans une perspective de long terme, au service d’un projet collectif.
