“Paroles d’Experts” Spécial Moussem de Tan-Tan. Comment développer la culture et mieux la pérenniser ?

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À l’occasion du Moussem de Tan-Tan, manifestation emblématique du patrimoine marocain classée par l’UNESCO, l’émission “Paroles d’Experts” a pris ses quartiers en plein cœur du désert pour poser une question centrale : quelle place pour la culture dans le Maroc d’aujourd’hui ? Pour en débattre, Faïçal Tadlaoui reçoit dans une tente traditionnelle face à la mer, Marouane Fachane, DG de la Fondation Hiba, et Boddhi Satva DJ, producteur de musique.

 

Quelle place pour la culture dans le Maroc d’aujourd’hui ? Pour y répondre, deux figures majeures du paysage culturel national : Marouane Fachane, Directeur Général de la Fondation Hiba, et Boddhi Satva, DJ et producteur de musique engagé. Ensemble, ils appellent à une refondation des politiques culturelles, capable de conjuguer mémoire vivante, création contemporaine et transformation sociale.

Le débat s’est articulé autour du développement de la culture, en particulier en Afrique et au Maroc, et de la manière de créer des systèmes pérennes pour faire émerger et soutenir les talents et les activités culturelles (musique, théâtre, arts vivants).

Il s’agissait d’explorer les difficultés à structurer et professionnaliser le secteur culturel en Afrique et au Maroc afin qu’il devienne un véritable moteur de développement économique et de rayonnement, au-delà de sa valeur intrinsèque. Les invités ont souligné le besoin d’une meilleure reconnaissance institutionnelle, d’une éducation des acteurs et d’une structuration de la chaîne de valeur, notamment en matière de droits d’auteur.

Un levier stratégique de développement

Le Moussem de Tan-Tan rassemble chaque année une trentaine de tribus nomades du Sud marocain et d’Afrique de l’Ouest dans un esprit de célébration, de partage et de transmission. Pour Marouane Fachane, cet événement est bien plus qu’un folklore : « Ce Moussem, c’est la mémoire vivante de notre pays. Il reconnecte les Marocains à leur histoire collective, au-delà des villes et des régions. »

Mais, insiste-t-il, cette effervescence patrimoniale ne peut suffire à elle seule : « Il faut la penser comme un levier stratégique de développement. »

Boddhi Stava abonde dans le même sens : « La culture n’est pas là que pour divertir, elle structure notre identité. Il faut créer des passerelles entre les traditions du Moussem et les formes d’expression contemporaines. »

Une richesse culturelle… en mal de structuration

Le Maroc regorge de talents, de scènes émergentes et de formes d’expression artistiques en constante évolution. Pourtant, selon Fachane, ce foisonnement reste insuffisamment encadré : « Le secteur fonctionne encore trop souvent par à-coups. Il nous faut des budgets pérennes, des politiques territorialisées et des lieux de diffusion adaptés. »

Boddhi Satva alerte quant à lui sur la précarité du tissu artistique : « Beaucoup d’artistes se découragent car ils n’ont ni cadre, ni accompagnement. Les talents sont là, mais les relais institutionnels manquent. »

Le producteur évoque la scène urbaine marocaine comme une force encore marginalisée : beatmakers, graffeurs, slameurs, vidéastes… tous témoignent d’un renouveau culturel « en marge », peu valorisé. « On oppose souvent culture urbaine et patrimoine, c’est une erreur. Il y a déjà des ponts : certains jeunes mixent musique gnawa et électro, d’autres réinventent la poésie hassanie en spoken word. Il faut leur donner des scènes, des espaces, des moyens. »

Vers une politique culturelle ambitieuse

La conclusion est unanime : il faut sortir d’une logique événementielle pour entrer dans une vision politique de long terme, structurée autour de trois axes : l’éducation artistique et la médiation culturelle, l’accompagnement professionnel des artistes, la territorialisation des politiques culturelles.

« Le Maroc a tout pour devenir un laboratoire culturel unique en Afrique, conclut Fachane. Mais cela suppose une gouvernance partagée, des financements structurants, et une reconnaissance pleine et entière du rôle des artistes dans la société. »

emission thirrey

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