Mondial 2030: le FMI met en lumière la force du modèle de financement domestique marocain

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Le siège du FMI. ©DR

Porté par un système bancaire national solide, le Maroc mobilise avec succès ses partenaires financiers locaux pour propulser ses grands chantiers d’ici 2030. Bien que ce recours aux banques locales dépasse la moyenne régionale selon le FMI, cette forte synergie démontre la capacité du Royaume à financer de manière autonome sa modernisation économique.

Selon les dernières analyses du Fonds monétaire international (FMI), le Maroc se classe parmi les pays de la région où l’emprunt public auprès du système bancaire national dépasse la moyenne régionale. Si ce choix stratégique soutient les ambitions d’infrastructures à l’horizon 2030, il accentue le lien de dépendance entre l’État et les banques, un enjeu que l’institution de Bretton Woods invite à piloter avec rigueur.

Dans son rapport, le FMI examine l’architecture financière du grand plan d’infrastructures de connectivité et de tourisme (rails, aéroports, stades, autoroutes), dont le coût global est estimé à 11,9 % du PIB de 2024. Pour mener à bien ce programme étalé sur la période 2024-2030, l’effort repose majoritairement sur les entreprises publiques (SOE) à hauteur de 7,4% du PIB, suivies des collectivités territoriales (3,2 % du PIB) et, dans une moindre mesure, du budget de l’État central (1,4 % du PIB).

Cette forte sollicitation s’oriente massivement vers l’écosystème financier national. Les seuls prêts bancaires nationaux représentent ainsi 8,0 % du PIB (soit les deux tiers de l’enveloppe globale). En y ajoutant l’émission d’obligations et de titres de titrisation domestiques (1,1 % du PIB), le circuit financier intérieur surclasse de loin les financements extérieurs concessionnels, limités à 2,1 % du PIB. Cette concentration renforce mécaniquement le poids de la dette publique dans les bilans des banques commerciales marocaines.

Des gains économiques réels à long terme

Le rapport reconnaît que ces investissements stimuleront la productivité et la croissance à long terme grâce à l’amélioration de la logistique et des transports. Les simulations du FMI, basées sur son modèle macroéconomique (MCDMOD), indiquent que le programme pourrait augmenter le PIB réel de 2 % d’ici 2030, puis de 3 % à long terme, grâce aux gains de productivité globale des facteurs.

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Cependant, à court terme, ces gains seront tempérés par deux freins majeurs. Estimée à 60 % (notamment pour l’achat d’équipements spécialisés comme les trains à grande vitesse ou le matériel aéroportuaire), elle limite l’impact direct des dépenses sur l’activité intérieure.

En augmentant les besoins de financement du secteur public consolidé, cette stratégie accroît les primes de risque souverain et fait grimper les taux d’intérêt corporatifs réels, comprimant temporairement l’investissement privé durant toute la phase de construction jusqu’en 2030.

Un enjeu de stabilité financière

Le FMI insiste particulièrement sur les risques liés au renforcement du lien de dépendance (le nexus) entre l’État et le secteur financier. Dans un contexte où l’endettement public va progresser (le déficit budgétaire annuel moyen augmentera de 1,2 % du PIB et la dette publique globale prendra 7 à 8 % du PIB d’ici 2030), cette forte exposition des banques comporte des arbitrages délicats. Elle peut potentiellement réduire la capacité des banques à financer les projets des entreprises privées, accroître leur vulnérabilité en cas de choc sur les finances publiques et compliquer la transmission de la politique monétaire.

Face à ces tensions, la réussite du modèle marocain dépendra d’une efficacité absolue des investissements et d’une maîtrise stricte des coûts. Si le Royaume parvient à optimiser la qualité de ses projets (gains d’efficacité de 20 %), la hausse de la productivité globale compensera l’effort d’endettement et stimulera le PIB de 3,5 à 4 % à long terme. En revanche, tout dérapage budgétaire s’avérerait critique : un surcoût de 30 % — un scénario fréquent dans les mégaprojets mondiaux — alourdirait la dette de 2 à 3 points de PIB supplémentaires sans générer le moindre dividende de croissance.

Pour préserver la stabilité financière et budgétaire, le FMI souligne la nécessité de renforcer la gouvernance du système public marocain. L’institution recommande d’abord une vigilance accrue sur la dette qui n’apparaît pas dans le périmètre de l’administration centrale. Les emprunts contractés par les entreprises publiques et les collectivités territoriales peuvent en effet générer des risques budgétaires non visibles si aucun suivi consolidé n’est mis en place. Le Fonds préconise ainsi un reporting global permettant d’identifier et de prévenir d’éventuels passifs cachés.

Le FMI insiste également sur l’importance d’accélérer la déconcentration budgétaire. Accorder une autonomie financière réelle aux entités territoriales permettrait d’améliorer le taux d’exécution des investissements publics, qui demeure limité à environ 70 %. Une meilleure capacité locale de décision et de gestion contribuerait à fluidifier la mise en œuvre des projets et à renforcer l’efficacité de la dépense publique.

Enfin, l’institution internationale recommande de garantir la rentabilité et la soutenabilité des infrastructures après 2030. Elle souligne la nécessité de mettre en place des redevances et des frais d’utilisation adaptés afin de couvrir les coûts d’entretien, la dépréciation du capital étant estimée à 4 % par an. Sans ces mécanismes, l’État pourrait être contraint d’assumer des charges supplémentaires, transformant les infrastructures en passifs contingents plutôt qu’en leviers de croissance.

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