L’Office des changes traque un réseau de compensation immobilière

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Le siège de l'Office des changes, à Rabat. Crédit: DR

L’Office des changes mène une enquête approfondie sur des opérations suspectes de règlement de dettes à l’étranger. Des opérateurs marocains auraient utilisé des prête‑noms pour transférer des biens immobiliers en Europe en échange de créances commerciales, en violation de la réglementation des changes.

L’étau se resserre autour de plusieurs hommes d’affaires marocains soupçonnés d’avoir contourné la réglementation des changes. Selon des informations publiées par Hespress, les services de contrôle de l’Office des changes ont intensifié leurs investigations sur des opérations suspectes de règlement de dettes à l’étranger.

Le stratagème consistait à échanger des créances commerciales contractées au Maroc contre des actifs immobiliers en Espagne et en France, tout en réalisant des écarts de change et des commissions financières hors des circuits légaux.

Les premiers éléments de l’enquêtemontrent que des opérateurs économiques ayant conclu des transactions au Maroc ont soldé tout ou partie de leurs créances par le transfert de propriétés — appartements, villas et autres biens — préalablement acquis à l’étranger.

Pour contourner une législation marocaine particulièrement stricte en matière d’avoirs à l’étranger, ces acquisitions ont été enregistrées sous de faux noms, souvent des proches ou des connaissances des véritables bénéficiaires, dans le but de dissimuler l’identité des propriétaires réels et tromper les autorités de contrôle. Cette opacité a compliqué le travail des enquêteurs, qui ont dû élargir le périmètre des vérifications et multiplier les recoupements.

Traçabilité bancaire et coopération internationale

Les investigations portent désormais sur l’origine des fonds ayant permis l’achat de ces biens non déclarés, ainsi que sur le respect des dispositions de la réglementation des changes. Les enquêteurs examinent également si ces propriétés ont servi de couverture à des transferts de capitaux non déclarés avant d’être utilisées pour solder des engagements commerciaux hors des canaux légaux.

Toujours selon Hespress, une attention particulière est accordée à la chronologie des flux financiers ayant précédé ces acquisitions, afin de retracer le parcours des fonds et vérifier la régularité de leur transfert depuis le Maroc. Ce travail s’appuie sur le recensement des demandes d’autorisation déposées auprès de l’Office, en coordination avec les services spécialisés des groupes bancaires.

Les mécanismes d’échange d’informations internationaux ont également été activés. Dans le cadre des accords de coopération entre les instances de régulation financière du Maroc et leurs homologues espagnoles et françaises, les enquêteurs croisent désormais les registres fonciers européens avec les historiques de transferts bancaires.

Lire aussi. Cryptoactifs : l’Office des Changes resserre l’étau sur les avoirs non déclarés

Les hommes d’affaires ciblés n’ont pas profité de l’opération de régularisation spontanée portant sur les biens et avoirs détenus à l’étranger, dont le délai a expiré fin 2024. Pour rappel, cette opération avait permis de déclarer plus de 2 milliards de dirhams à travers 658 déclarations, répartis entre actifs financiers : 916,2 millions de dirhams (45 %) et biens immobiliers : 868,3 millions de dirhams (43 %).

Les enquêteurs ont également découvert que les suspects s’appuyaient sur des contrats de règlement de dettes en bonne et due forme, légalisés et notariés au Maroc, censés attester d’un règlement en numéraire. Ces documents servaient d’écran de fumée : en réalité, les créanciers obtenaient, via des garanties auprès de tiers, le transfert indirect de la propriété de biens situés en Europe au profit de leurs proches.

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