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L’avocat marocain: un succès à l’export, mais à quel prix hydrique ?
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Alors que la filière de l’avocat connaît une croissance fulgurante sur les marchés internationaux, une parlementaire marocaine a récemment alerté le gouvernement sur l’impact hydrique de ces exportations. Cette interpellation soulève un débat crucial: comment concilier les bénéfices économiques de cette culture et l’impératif environnemental, particulièrement dans un contexte de stress hydrique?
La filière marocaine de l’avocat affiche des performances inédites pour la campagne agricole 2024-2025. Selon Abdellah El Yamlahi, président de l’Association Marocaine de l’Avocat (MAVA), les exportations ont, pour la première fois, dépassé les 100 000 tonnes, marquant une progression spectaculaire de 67 % par rapport aux 60 000 tonnes de la saison précédente.
La production nationale a également atteint un record de 130 000 tonnes, contre 70.000 tonnes en 2023-2024. Cette hausse s’accompagne d’un élargissement significatif du marché : de juillet à décembre 2024, les avocats marocains ont été exportés vers 25 pays, contre 19 la saison précédente.
L’Europe demeure le principal débouché, absorbant plus de 80 % des volumes vers l’Espagne, la France et les Pays-Bas. La Suisse a vu ses importations augmenter de 150 %, tandis que la Belgique et le Portugal ont multiplié leurs volumes respectifs par six et onze. Après deux ans d’interruption, les exportations vers le Canada et la Turquie ont repris. De nouveaux marchés, tels que la Pologne, l’Ukraine, la Grèce, la Malaisie et Oman, viennent densifier cette carte commerciale. Il est clair que la filière a le vent en poupe.
Une interpellation parlementaire en pleine sécheresse
Cependant, cette embellie économique suscite de sérieuses inquiétudes. Fatima Tamni, députée de la Fédération de la Gauche Démocratique (FGD), a adressé une question écrite au ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari. La députée s’est particulièrement alarmée du volume croissant des exportations vers le Canada.
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Pour elle, cette stratégie commerciale est en totale déconnexion avec les réalités environnementales du pays. Fatima Tamni a souligné que 1.180 tonnes d’avocats ont été exportées vers le Canada durant la saison en cours. En se basant sur une estimation de 1.000 litres d’eau nécessaires pour produire 1 kilo d’avocat, elle calcule que plus de 1,18 milliard de litres d’eau ont ainsi été exportés vers un pays dont la situation hydrique est radicalement différente de celle du Maroc.
Par ce constat, Fatima Tamni critique sévèrement le déséquilibre stratégique d’un modèle agricole fondé sur des cultures intensives principalement destinées à l’exportation. Elle déplore l’absence de mesures d’encadrement face à l’expansion de filières gourmandes en eau et appelle à une refonte urgente des politiques agricoles pour les aligner sur les contraintes écologiques nationales.
L’avocat entre performance économique et vulnérabilité hydrique
La filière de l’avocat s’affirme indéniablement comme un levier économique majeur pour les producteurs, les exportateurs et l’État marocain. Toutefois, l’interpellation parlementaire de Fatima Tamni pose une question fondamentale: celle de la soutenabilité de ce modèle de développement.
Dans un contexte de stress hydrique structurel, marqué par un recul des nappes phréatiques et une baisse des retenues des barrages, le Maroc peut-il continuer à soutenir des filières aussi fortement consommatrices en eau sans une adaptation stratégique de fond ?
En filigrane, c’est l’équation complexe entre les recettes d’exportation, la croissance agricole et la vulnérabilité environnementale qui s’impose au débat public. Elle met en lumière la nécessité d’un arbitrage clair et courageux entre les impératifs économiques et la préservation des ressources vitales du pays.
