Comme chaque été, le marché du poulet connaît une période de turbulence. L'offre se contracte…
Maroc: pourquoi le prix du poulet s’envole et jusqu’à quand? La filière répond
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Le marché de la volaille connaît une nouvelle flambée en cette fin de période estivale. Abderrahmane Ryadi, secrétaire général de l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles (APV) détailles les facteurs de cette hausse et les projections auxquelles les consommateurs doivent s’attendre pour les semaines à venir.
Selon Abderrahmane Ryadi, secrétaire général de l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles (APV), le prix «sortie ferme» du poulet de chair atteint actuellement 19,50 dirhams le kilo. C’est une hausse marquée par rapport aux niveaux enregistrés il y a quelques mois : «En juin, on tournait autour de 15 dirhams le kilo, puis 17 dirhams en juillet», précise-t-il.
Ce niveau de prix est également sensiblement supérieur à ceux observés sur la même période les années antérieures. Une réalité qui confirme un changement structurel observé par les professionnels. En effet, depuis 5 à 7 ans, les prix ne chutent plus brutalement dès la fin août, au sortir de la période estivale, comme cela était encore la règle il y a une décennie.
Entre raisons sociologiques et contraintes techniques
Selon Ryadi, cette évolution peut avoir une explication sociologique. «Peut-être que les gens évitent le mois d’août pour les mariages, à cause des prix des salles de fête ou parce qu’ils ne veulent pas perturber leur congé annuel. Ils préfèrent reporter les cérémonies à septembre, une fois les familles revenues», avance-t-il.
Le maintien d’une demande soutenue après l’été entraîne ainsi mécaniquement une accentuation des prix. Dans certains cas, le mois de septembre enregistre même des niveaux supérieurs à août, alors que traditionnellement il marquait un repli. «Il n’y a pas vraiment d’études qui expliquent ce phénomène, mais les observations de terrain montrent bien ce décalage», souligne notre source.
Au-delà de cette hypothèse, des facteurs techniques pèsent lourdement sur la disponibilité des volailles. Le cycle de production est directement influencé par les performances des reproducteurs. «Le nombre de poulets vendus aujourd’hui correspond au nombre de poussins produits il y a 40 jours, lui-même lié au nombre d’œufs pondus il y a 60 jours», explique le secrétaire général de l’APV. Dès lors, si les poules subissent une baisse de performance –qu’elle soit d’origine climatique, sanitaire ou technique – la chaîne entière se retrouve affectée.
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Les fortes chaleurs de l’été aggravent ce phénomène. «Quand il fait très chaud, le poulet consomme moins, prend moins de poids et peut même mourir. Quant aux reproducteurs, ils produisent moins d’œufs, parfois infertiles, parce que le coq cesse de s’accoupler. Tout cela entraîne moins de poussins, et donc moins de poulets disponibles deux mois plus tard», décrit le producteur.
Chaque perturbation climatique se répercute ainsi avec un décalage temporel, mais de manière inévitable sur l’offre globale.
L’eau, talon d’Achille des élevages
Une autre cause cachée est pointée du doigt: l’impact du stress hydrique. En effet, quoique la filière dispose aujourd’hui de technologies de refroidissement performantes, subventionnées en partie par l’État, celles-ci se heurtent à un obstacle de taille qui est la rareté de l’eau. «Ce n’est pas la technologie qui fait défaut, c’est l’eau. Ces cinq dernières années, la disponibilité dans les puits a fortement diminué», alerte le représentant de l’APV.

De ses explications, il faut comprendre que le système utilisé dans les élevages repose sur la brumisation, un procédé d’évaporation qui nécessite une eau parfaitement potable, car inhalée directement par les volailles.
Or, cette méthode est extrêmement gourmande. «Dès que le poulet commence à grossir, il consomme plus d’aliments et donc plus d’eau. Les systèmes de refroidissement, eux, nécessitent aussi beaucoup d’eau. Certains éleveurs doivent choisir entre donner de l’eau à boire ou refroidir. Ils privilégient évidemment l’abreuvement, mais subissent alors une forte mortalité», confie-t-il.
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Cette situation pousse certains producteurs à réduire leurs volumes. «Une ferme de 100.000 poulets peut choisir de n’en élever que 40.000 ou 50.000, afin de s’adapter à la disponibilité en eau», illustre Abderrahmane Ryadi. À terme, la problématique hydrique menace directement la capacité de production du secteur, malgré les progrès technologiques accomplis.
Prix de la volaille: subir jusqu’en octobre
«Ces prix ne traduisent pas forcément un gain pour les éleveurs. Parfois, malgré la hausse, ils enregistrent des pertes, car le coût de production augmente encore plus», insiste le secrétaire général de l’APV. Et pour les consommateurs, la hausse des prix est difficilement contournable. Les ménages peuvent certes acheter en plus grande quantité et congeler, mais cette option reste coûteuse et imparfaite. «Congeler le poulet, c’est perdre en fraîcheur, mobiliser de l’électricité et bloquer de l’argent. Il n’y a pas vraiment d’astuce miracle», tranche-t-il.
Malgré tout, Abderrahmane Ryadi rappelle que la volaille demeure compétitive : «Même avec ces prix élevés, elle reste deux fois moins chère que la viande rouge, tout en offrant une excellente qualité nutritionnelle.»
La flambée actuelle devrait toutefois connaître un répit à partir d’octobre:«L’effet de la chaleur sera dépassé, aussi bien au niveau des poulets de chair que des reproducteurs. La demande baissera également avec l’entrée dans la saison hivernale. Les prix devraient redevenir corrects jusqu’au mois de mars ou avril», prévoit l’expert.
En somme, la période estivale, avec son lot de contraintes climatiques et hydriques, restera donc le point de tension majeur pour les éleveurs comme pour les consommateurs. Mais la filière espère un retour à l’équilibre dans les prochains mois. D’ici-là, les consommateurs sont invités à s’accommoder à cette hausse des prix d’une denrée prise comme alternative à la cherté de la viande rouge.
