Au cours des derniers jours, les prix du poulet ont augmenté sur l'ensemble des marchés…
Pourquoi les prix du poulet augmentent-ils chaque été ?
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Comme chaque été, le marché du poulet connaît une période de turbulence. L’offre se contracte face à une demande accrue, entraînant une hausse des prix à la sortie de la ferme.
Si l’ajustement observé cette saison paraît moins brutal que l’an dernier, il n’en reste pas moins tangible, porté par une baisse de productivité, des contraintes climatiques et l’absence de compensations conjoncturelles comme la fête de l’Aïd. Pour Abderrahmane Ryadi, membre de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), «la situation n’est pas exceptionnelle, c’est toujours comme ça», fait-il savoir. Selon lui, la hausse actuelle constatée sur les prix de la volaille, notamment celui du poulet, s’inscrit dans une logique saisonnière directement influencée par les températures élevées.
«Chaque année, sous l’effet de la chaleur, les éleveurs font face à une forte mortalité dans leur production, et une diminution systématique du poids», observe-t-il. En moyenne, les volailles perdent environ 200 g sur leur poids standard, peinant à dépasser les 2 kg. Cette perte, couplée à un affaiblissement des performances, se traduit automatiquement par une baisse de productivité, réduisant l’offre disponible sur les marchés.
Cependant, selon Abderrahmane Ryadi, l’année 2025 est « de loin plus clémente » que 2024. « On se retrouve autour de 16 dirhams par kilo (DH/kg) à la sortie de la ferme, » indique-t-il, « contre 20, voire 22 DH fin juillet l’année dernière. » Malgré cette différence notable à la production, les ménages, paradoxalement, perçoivent une pression accrue sur les prix au détail.
Tension sur le poulet: l’absence de l’Aïd change la donne
A l’explication, Abderrahmane Ryadi pointe du doigt un élément conjoncturel majeur qui différencie les deux périodes : l’absence de la fête de l’Aïd Al-Adha. En effet, l’an dernier la viande rouge, issue du sacrifice rituel, avait permis un rééquilibrage dans les foyers.
«Trois semaines après l’Aïd, il y a eu un rechargement des maisons en viande rouge», explique Ryadi, «les gens ne se sont pas rabattus sur le poulet». Cette dynamique avait allégé la demande sur la volaille. Mais cette année, le contexte est différent. «Faute d’Aïd cette année, il n’y a pas ce phénomène-là. Donc on ressent plus l’effet de diminution de la productivité globale».
De plus, cette demande, déjà sous tension, va inéluctablement s’accentuer dans les semaines à venir en raison de l’intensification des mouvements estivaux. « En août, c’est les vacances, et c’est précisément à cette période que la demande est beaucoup plus forte, » avertit Abderrahmane Ryadi. La conjonction d’une offre faible et d’une consommation plus soutenue pourrait bien entraîner une nouvelle poussée sur les prix.
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Comme à l’accoutumée, ce sont les consommateurs qui paient le prix de ce déséquilibre conjoncturel. Contraints de s’aligner sur les hausses de prix, ils devront également supporter les manœuvres des intermédiaires qui, eux aussi, amplifient leurs marges pour compenser les pertes liées à la chaleur durant le processus de distribution.
« Ils ajoutent automatiquement entre 75 centimes et 1 dirham de marge en plus, » précise M. Ryadi. Ainsi, le prix de revient final peut grimper jusqu’à atteindre les 30 DH/kg dans certains points de vente.
Des augmentations imparables en été
Peut-on échapper à ces augmentations liées à la saisonnalité ? « Pas sûr, » tranche M. Ryadi. Pourtant, des efforts significatifs ont été engagés par les éleveurs pour limiter les effets néfastes de la saison chaude, avec une montée en gamme des infrastructures.
« Beaucoup de travail a été fait dans la conception des bâtiments, l’isolation et les systèmes de refroidissement, » affirme Ryadi. Ces avancées ont permis de limiter les pertes par rapport à des périodes antérieures. « Si l’on compare avec les années 90, on aurait eu un poulet à 22, 24, voire 25 DH/kg prix à la ferme, durant cette même période. »
Malheureusement, ces progrès réalisés par les fermiers se heurtent à une nouvelle contrainte majeure : le manque d’eau. « Pour refroidir les poulaillers, il n’y a qu’un seul moyen : l’évaporation, » explique-t-il. « La pulvérisation d’eau permet de baisser la température de plusieurs degrés, ce qui garantit une bonne croissance des poulets. »
Or, avec la raréfaction des ressources hydriques, de nombreux éleveurs réduisent leurs effectifs. « Au lieu de mettre en place des bandes de 60 000 poulets, certains n’en placent que la moitié, » faute d’eau suffisante. Ce phénomène de stress hydrique, accentué par la sécheresse de ces trois ou quatre dernières années, remet sérieusement en question les progrès accomplis.
En somme, bien qu’aguerri à ces cycles, le marché du poulet reste fragile face aux aléas climatiques et aux déséquilibres conjoncturels. Si les prix à la ferme demeurent relativement contenus cette année, le poids des contraintes logistiques et environnementales laisse malheureusement entrevoir une volatilité persistante inévitable pour les consommateurs.
