Alors qu’elles composent l’essentiel du tissu économique marocain, les très petites, petites et moyennes entreprises…
Paiement digital : 42 % des TPME marocaines encore dépendantes du cash (Etude)
Publié le
Les TPME marocaines engagées dans le paiement digital enregistrent des gains mesurables en chiffre d’affaires et en fréquentation, révèle une étude de Visa intitulée « Value of Acceptance Study », dont les résultats ont été présentés jeudi 23 octobre à Casablanca
À l’heure où le Maroc s’apprête à accueillir des événements internationaux majeurs, la question de la digitalisation des paiements dans les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) prend une dimension stratégique. C’est ce que révèle l’étude « Value of Acceptance Study », menée par Visa et présentée jeudi à Casablanca par son directeur général, Sami Romdhane. L’enquête, réalisée auprès de 260 entreprises réparties entre Rabat, Casablanca et Marrakech, dresse un état des lieux précis des usages, des freins et des leviers liés à l’adoption des paiements électroniques dans le tissu entrepreneurial marocain.
Le constat est clair : le marché est prêt pour une transformation digitale, mais reste encore largement dominé par les espèces. Parmi les entreprises interrogées, 20 % sont des nano-entreprises, 59 % des micro-entreprises et 21 % des petites entreprises. Si 60 % d’entre elles utilisent déjà les paiements digitaux depuis plus de trois ans, 42 % fonctionnent encore exclusivement en cash. Ce paradoxe illustre une transition en cours, mais incomplète, dans un environnement où la digitalisation devient un indicateur de compétitivité.
Paiement digital : une adoption en progression, mais freinée
L’étude met en évidence une préférence nette pour les paiements électroniques. Deux tiers des entreprises interrogées affirment privilégier l’expérience digitale au cash, notamment en raison de ses effets positifs sur la gestion de trésorerie et le revenu. Plus encore, 67 % des commerçants estiment que les paiements digitaux soutiennent activement leur croissance. Ce chiffre confirme que l’acceptation des paiements électroniques ne relève plus d’un choix technologique, mais d’un levier économique tangible.
Malgré cette dynamique, le cash reste dominant dans les transactions commerciales au Maroc, représentant 63 % de l’ensemble des paiements. Les principaux freins identifiés par l’étude sont les frais élevés (42 %), le confort quotidien avec le cash (38 %) et les coûts d’installation et d’entretien des équipements (25 %). À cela s’ajoute une réticence liée à la traçabilité fiscale, qui freine l’adoption des paiements électroniques chez de nombreux commerçants.
Malgré ces résistances, les signaux d’évolution sont bien présents. 55 % des entreprises encore cash-only déclarent envisager l’acquisition d’un terminal de paiement électronique (TPE) dans les deux ans. Ce basculement potentiel est d’autant plus significatif que le parc actuel de TPE au Maroc reste limité à environ 80 000 unités, alors que le pays compte plus de 2,5 millions de petites et microentreprises. Environ 1,2 million de structures pourraient ainsi être rapidement adressées pour accepter les paiements numériques.
Des bénéfices économiques tangibles à l’échelle micro et macro
L’étude souligne également une évolution dans la perception du risque. Si le cash est désormais considéré comme risqué par 71 % des commerçants (vols, détournements, litiges), la crainte de la fraude par carte diminue : 56 % des répondants affirment avoir gagné en confiance vis-à-vis des solutions digitales. Cette évolution des représentations constitue un levier important pour accélérer l’adoption.
Lire aussi. IA: les TPME marocaines doivent accélérer le rythme (DG Visa Maroc)
Environ 70 % des commerçants ayant adopté les paiements digitaux constatent une augmentation de leur chiffre d’affaires, et 64 % observent une hausse du trafic client. Le niveau de satisfaction est élevé : 91 % des commerçants se déclarent satisfaits du processus de paiement par carte. Ces indicateurs confirment que la digitalisation des paiements ne se limite pas à une modernisation des pratiques, mais s’inscrit dans une logique de performance.
À l’échelle macroéconomique, les effets sont tout aussi significatifs. Selon des données de la Banque mondiale citées dans l’étude, la digitalisation des paiements pourrait augmenter le PIB de certains pays africains de 3 % à 5 % sur une période de cinq à dix ans, avec une hausse de la productivité dans les services estimée entre 10 % et 15 %. Plus encore, une croissance annuelle de 5 % des paiements digitaux pendant cinq ans pourrait réduire l’économie informelle de 11 % à 13 %, favorisant ainsi l’inclusion financière et la formalisation.
Pour Visa, le moment est propice. «This is the right moment», a affirmé Sami Romdhane, en référence à la convergence de plusieurs facteurs : innovations technologiques, évolution de l’écosystème local, momentum touristique et échéances internationales comme la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030. L’étude identifie quatre leviers pour accélérer l’adoption : le coût, la formation, la transformation des pratiques et la sécurité. Elle appelle également à renforcer les partenariats pour accompagner les TPME dans cette transition.
