Plus d’une cinquantaine de personnes ont pris part à une manifestation en signe de solidarité…
Avocats en colère à Rabat: manifestation contre le projet de loi sur la profession
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Ce mercredi, des milliers d’avocats se sont rassemblés devant le ministère de la Justice à Rabat pour exprimer leur opposition au projet de loi sur la profession, qu’ils jugent menaçant pour l’indépendance et la protection de la défense.
« Liberté, immunité et dignité professionnelle », ont scandé avocates et avocats ce mercredi devant le siège du ministère de la Justice à Rabat, pour exprimer leur rejet du projet de loi sur la profession d’avocat. Selon eux, ce texte porte atteinte à l’indépendance de la profession, à l’immunité du droit à la défense et limite l’accès éclairé à la justice.
La Fédération des associations des jeunes avocats du Maroc, organisatrice de la protestation, a souligné que le projet de loi contient des mesures qui touchent au cœur de la profession et aux fonctions des avocats au sein du système judiciaire. Elle demande le retrait du projet de loi et sa révision à travers un dialogue participatif garantissant l’indépendance de la profession et renforçant le rôle des avocats dans la défense des droits des citoyens.
Dans un communiqué, la fédération précise que cette manifestation s’inscrit dans le cadre d’un programme de protestation défini à la suite des réunions de son bureau tenues à Casablanca et à El Jadida. Et de saluer l’engagement de l’ensemble des avocats et cadres nationaux à soutenir ces actions et a confirmé la poursuite des mesures décidées pour préserver la dignité de la profession.
Liberté, immunité et dignité professionnelle
Lors du rassemblement, les participants ont brandi des slogans appelant à protéger l’indépendance de la profession et l’immunité de la défense, avertissant que toute modification portant atteinte à ces principes fondamentaux pourrait nuire à la justice.
Notons que cette manifestation des jeunes avocats s’inscrit dans les démarches entreprises par l’ensemble des composantes de la profession, avec à leur tête l’Association des barreaux du Maroc qui a annoncé l’organisation d’un sit-in national le vendredi 6 février 2026 à partir de 10H00 devant le siège du Parlement à Rabat, appelant à une large mobilisation pour la réussite de cette action.
Rejet catégorique du projet d’Ouahbi
L’Association des barreaux n’a de cesse de réaffirmer son rejet catégorique du projet de loi n°23.66 relatif à la profession d’avocat, exigeant son retrait afin d’ouvrir un véritable débat dans le cadre d’une approche participative sérieuse et responsable.
Elle a souligné que les avocates et avocats du Maroc ne se sentiront nullement concernés par toute loi portant atteinte aux fondements de leur profession et à son indépendance.
Cette position a été arrêtée à l’issue de la réunion du bureau ouvert de l’Association, tenue samedi à son siège à Rabat, consacrée à l’examen des dernières évolutions professionnelles et à l’évaluation des formes de protestation engagées précédemment.
Notons que la mobilisation contre le projet de loi 66.23 relatif à l’organisation de la profession d’avocat, initié par le ministre de la Justice Abdelatif Ouahbi, ne cesse de grandir. Après les avocats de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), leurs confrères du Parti de l’Istiqlal (PI), pourtant membre de la coalition gouvernementale, ont également rejoint le mouvement. La ligue des avocats istiqlaliens a notamment appelé à une approche participative avec les acteurs du secteur pour garantir la protection des droits et libertés fondamentaux.
Exigence de retrait du projet de loi
Les avocats istiqlaliens insistent sur le fait que l’indépendance de la profession est un droit constitutionnel inviolable, et que l’immunité des avocats est une garantie légale essentielle pour protéger la profession et le droit à un accès équitable à la justice.
Ils demandent par conséquent au gouvernement de retirer le projet de loi dans sa version actuelle, le considérant non participatif, contradictoire avec les valeurs constitutionnelles et en violation des normes internationales relatives à la profession.
Et d’appeler l’ensemble des acteurs du secteur à s’engager dans toutes les initiatives professionnelles, afin de défendre l’indépendance de la profession, l’immunité des avocats, la liberté de défense et les principes d’un procès équitable garantis par la Constitution de 2011.
Escalade gouvernementale
Le Conseil de gouvernement a adopté, jeudi 8 janvier, le projet de loi n°66.23, poursuivant ainsi le processus législatif malgré la contestation. Selon le porte-parole du gouvernement et ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, Mustapha Baitas, « plusieurs observations ont été prises en compte », une annonce perçue comme une tentative d’apaisement face à la colère des professionnels.
Baitas a aussi rappelé que « le dialogue du gouvernement sur le projet de loi restera ouvert jusqu’à la fin de la procédure législative », soulignant que l’adoption par l’exécutif ne constitue qu’une étape initiale du processus.
Lire aussi: Loi sur les avocats: le gouvernement rassure sur la poursuite du dialogue
Les avocats estiment, quant à eux, que les dispositions du projet de loi portent atteinte à l’indépendance de leur profession et remettent en cause des acquis historiques liés à la mission de la défense. Ils dénoncent également une méthode d’élaboration jugée unilatérale, marquée par l’absence de concertation et le non-respect de l’approche participative consacrée par la Constitution.
Cette situation a poussé plusieurs composantes professionnelles, dont récemment le secteur des avocats de la Fédération de la gauche, à évoquer la création d’un « front démocratique unifié » pour faire face à ce qu’ils qualifient de « déferlement législatif autoritaire ».
Selon des sources concordantes, les avocats débattent actuellement d’un boycott des élections des barreaux, ce qui constituerait une escalade inédite dans le bras de fer entre la profession et le ministère de la Justice.
