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Amine Benchekroune: «Le développement de l’IA et du cloud souverain doit se faire sans compromis énergétique»
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Amine Benchekroune, vice-président de Schneider Electric en charge du Datacenter, livre à H24Info son analyse des enjeux liés à la souveraineté numérique et à la transition énergétique.
Le Maroc a récemment lancé à New York le hub “Morocco Digital for Sustainable Development” (D4SD). Cette initiative, qui traduit la volonté du Royaume de jouer un rôle moteur dans l’accélération de la digitalisation en Afrique et au Moyen-Orient, annonce un développement à court ou moyen terme des infrastructures de datacenters. Cette ambition se heurte néanmoins à la problématique du stress hydrique, car qui dit datacenter, dit besoin en volume d’eau important.
«Le dessalement va être crucial», selon Amine Benchekroune. Dans un interview à H24Info lors de l’Innovation Day, tenu le 30 septembre dernier à Casablanca, le vice-président de Schneider Electric en charge du Datacenter explique que l’eau utilisée dans le refroidissement par liquid cooling pourra atteindre «une efficacité telle qu’on pourra envisager des compromis entre l’hypercomputing, l’intelligence artificielle, le training IA, tout en veillant à ne pas dilapider les ressources hydriques, dont on connaît l’importance, surtout sur notre continent, marqué par le stress hydrique».
Pour lui, il revient donc aux acteurs de trouver un équilibre entre un progrès technologique inéluctable et la préservation des ressources stratégiques, l’eau en premier lieu.
Sur la question des datacenters, Benchekroune ne minimise pas les défis techniques et financiers liés à leur généralisation, mais il estime que «l’impossible n’est pas marocain». Ces infrastructures apparaissent désormais comme une nécessité, d’autant plus que la question des datacenters souverains s’impose avec force. «Il est temps de disposer d’infrastructures capables de garantir cette souveraineté», insiste-t-il.
Cloud souverain, IA… Un bond de grenouille possible pour l’Afrique
Par ailleurs, «être un hub implique aussi de prendre en compte tous les investissements à réaliser dans la formation, le capital humain et la création d’un technoparc», poursuit notre expert. Quelle que soit la formule retenue par les autorités, il juge essentielle «l’idée d’un campus technologique où des hommes et des femmes pourront exprimer leur talent et le mettre au service de cette digitalisation». Une posture qui, selon lui, bénéficiera au Maroc et aux pays qui souhaiteront s’y associer.
Alors que l’intelligence artificielle bouleverse les équilibres technologiques, Amine Benchekroune y voit une opportunité stratégique pour combler les écarts. Il considère qu’avec cette technologie, les pays africains – Maroc inclus – peuvent accéder directement à des solutions avancées.
«Certains pays où nous opérons constatent un écart lié à la fracture numérique. Il y a des États qui vont effectuer leur transition directement vers des datacenters intégrant de l’hypercomputing et de l’IA, sans passer par les modèles traditionnels tels qu’on les voyait il y a 15, 20 ou 30 ans en Europe», explique-t-il. Et de renchérir: «Aujourd’hui, on peut acquérir ces technologies avec un retour sur investissement très intéressant, sans forcément emprunter le chemin classique.»
Efficacité énergétique: le parent pauvre ?
Interrogé sur les politiques d’efficacité énergétique et de décarbonation, Amine Benchekroune juge «impensable de concevoir l’innovation sans tenir compte de l’état actuel et futur de la planète». En effet, si l’innovation, l’électrification et la digitalisation sont devenues incontournables, leur déploiement doit répondre à des exigences strictes.
«Je dirais qu’il n’y a plus de tolérance possible vis-à-vis des impératifs qui sont les nôtres. Certes, nous atteindrons bientôt une population de 10 milliards, qu’il faudra électrifier et digitaliser. Mais cela ne doit pas se faire au détriment des impératifs de décarbonation, de réduction des émissions de CO₂ et de sortie des énergies fossiles», prévient-il.
Pour y parvenir, Amine Benchekroune encourage les entreprises à adopter et à s’approprier les pratiques liées à l’efficacité énergétique. Il évoque des pistes telles que la mise en place de systèmes de bonification pour les entreprises respectueuses de leurs engagements, et de pénalités pour celles qui ne le sont pas. «L’Europe va les mettre en place très bientôt», conclut-il.
