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Blockchain et cryptos au Maroc: l’écosystème avance, mais la réglementation (re)tarde
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Lors de la première édition des “Morocco Blockchain and Crypto Currencies Days“ à Rabat, des experts ont souligné l’énorme potentiel économique que ces technologies pourraient représenter pour le Maroc si leur régulation venait enfin à être finalisée.
Contrairement aux idées reçues, le Maroc n’est pas en retard en matière d’adoption de la blockchain et des cryptomonnaies. C’est la conclusion dressée par Badr Bellaj, CTO de l’entreprise marocaine Mchain, spécialisée dans les solutions blockchain. Intervenant lors de la 1ère édition des “Morocco Blockchain and Crypto Currencies Days“, tenue la semaine dernière à l’Institut national des postes et télécommunications à Rabat, l’expert a dévoilé des données qui bousculent la donne.
Tout d’abord, le Maroc est dans le top 30 mondial en termes d’adoption des cryptomonnaies. En effet, selon la plateforme américaine de données Chainalysis, le Royaume se classe en 27ᵉ position dans l’Indice mondial d’adoption des cryptomonnaies, avec des actifs évalués à 12,7 milliards de dollars. Ce qui en fait le premier pays de la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord en la matière.
Bellaj a également présenté les résultats d’une enquête menée par son cabinet. On y apprend que «63% des sondés connaissent les cryptomonnaies, bien que certains ne sachent pas en citer d’autres que le Bitcoin». Egalement, 60% des personnes informées sur les cryptos ont entre 20 et 30 ans, ce qui montre une adoption majoritairement jeune.
Plus en détails, «50% des investisseurs en cryptomonnaies ont placé environ 1.000 $, soit environ 10.000 dirhams (DH), dont seulement 27% pour de la spéculation». Quant à comment ces “cryptophiles“ s’y prennent, «50% utilisent du cash, faute de régulation et d’accès à des plateformes officielles».
Si l’étude de Mchain est particulièrement centrée sur les consommateurs, Bellaj pense que les entreprises aussi devraient s’intéresser aux cryptomonnaies, car «le Maroc constitue un terrain fertile pour le développement des services liés».
Blockchain: un usage moins contraignant
Toutefois, à l’exception de «certaines banques marocaines [qui] commencent à envisager un rôle de tiers de confiance pour gérer les avoirs en cryptomonnaies, en prévision d’une future régulation», les entreprises misent plus sur la blockchain. Ainsi, Mchain a identifié l’implémentation de 18 grands projets blockchain au Maroc entre 2018 et 2024. Des projets mis en place par de grands groupes privés, mais aussi des institutions publiques.
On peut citer l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC), Tanger Med Port Authority (TMPA) et la Banque Centrale Populaire (BCP) en partenariat dans ce sens, ou encore, Attijariwafa Bank, BMCE Capital et Maroc Leasing.
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«Si l’on analyse l’adoption de la blockchain par secteur au Maroc, la finance est de loin le domaine où cette technologie est la plus utilisée», a indiqué l’expert, précisant que ce secteur se taille une part de 58% des utilisations. La logistique et le secteur public occupent respectivement 16% et 11% des cas. «En détaillant les cas d’usage, on observe que les projets blockchain tournent principalement autour de la tokenisation d’actifs, la traçabilité, les paiements sécurisés, la prévention de la fraude», a-t-il précisé.
Confirmant, comme Bellaj, l’essor de la cryptomonnaie et de la blockchain au Maroc, Khalid Madidi, directeur en charge du financement du commerce et du crédit au sein de l’OCP, a partagé dans une keynote tenue lors du même événement, le cas d’usage de son groupe en matière de blockchain appliquée à ses opérations à l’international.

«Cette technologie permet d’enregistrer les transactions de manière transparente et sécurisée, sans intermédiaire», a-t-il relevé, ajoutant que «les principaux avantages de ce système sont la sécurité car chaque transaction est cryptée et donc infalsifiable, la rapidité des opérations grâce à l’automatisation, et l’accessibilité des informations partagées de manière fiable entre tous les acteurs du commerce».
OCP: la preuve par l’exemple
Pour ce qui est du cas d’usage concret de l’OCP en matière de blockchain, Madidi a fait mention d’une transaction d’exportation d’engrais vers un importateur éthiopien. Une opération reposant sur un paiement différé de 90 jours après la livraison, et dont le principal risque est le défaut de paiement de l’importateur. «Grâce à la blockchain, OCP peut sécuriser la transaction en intégrant des contrats intelligents qui garantissent le paiement automatique dès que les conditions convenues sont remplies», a souligné l’intervenant. La blockchain permet ainsi de réduire le risque de défaut de paiement et d’améliorer la fluidité des échanges commerciaux.
Ces deux experts, par leurs interventions, ont fait ressortir combien les opportunités pour le Maroc en matière de blockchain et de cryptomonnaies sont immenses. Si la première technologie n’est pas interdite, elle manque toutefois d’un cadre structurel. La crypto, par contre, quoique en vogue, est pour l’heure sous le sceau de l’interdiction dans le Royaume.
Or sans un cadre réglementaire bien structuré, le plein potentiel dont regorge chacune de ces technologies ne pourrait même pas être effleuré. Ce qui contraste fort bien avec l’émulation que l’on souhaite au niveau des startups, notamment celles qui évoluent dans le segment de la fintech.
Un marché de la régulation mature
Quant à la régulation, qui tarde au Maroc, certains experts interrogés n’arrivent pas à se l’expliquer. C’est notamment ce qu’a laissé entendre Sofia El Mrabet, avocate spécialisée dans les fintech et la tech auprès du cabinet Pledge, expert dans le droit des marchés et services financiers.
«Nous sommes en 2025 et le marché de la régulation est devenu mature», a-t-elle déclaré, expliquant qu’au vu des avantages et des bénéfices qu’offrirait la réglementation de ces deux domaines à l’économie marocaine dans son ensemble, il est temps d’adopter une approche sur mesure, combinant les meilleures pratiques internationales tout en tenant compte des spécificités locales.
Comme recommandation, El Mrabet trouve idoine de réunir les parties prenantes, à savoir régulateurs, startups, experts juridiques, investisseurs et utilisateurs, pour bâtir un écosystème crypto et blockchain marocain prospère et sécurisé.
En clair, malgré le retard des régulateurs, l’écosystème marocain de la blockchain et des cryptomonnaies progresse de manière impressionnante. Il serait judicieux de publier une réglementation adéquate pour libérer pleinement le potentiel de ces technologies et les structurer efficacement.
