Le ton monte entre Emmanuel Macron et Donald Trump. En déplacement à Séoul, le président…
Lacina Koné (Smart Africa) : « Le Maroc dispose d’une base solide en économie numérique » (vidéo)
Publié le
Lacina Koné, CEO de l’Alliance Smart Africa, espère tirer parti des avancées accomplies par le Maroc en matière d’économie numérique pour accélérer sur les objectifs fixés par cette organisation intergouvernementale lancée il y a plus d’une décennie.
Dix ans après l’opérationnalisation de l’Alliance Smart Africa, son directeur général, Lacina Koné, dresse un bilan qu’il qualifie de « riche en réalisations ». « Nous avons commencé en 2016 avec le projet One African Network, qui est aujourd’hui une réalité en Afrique de l’Est », rappelle‑t‑il. Plus de 24 pays ont déjà adopté ce dispositif, permettant d’annuler ou de réduire les frais de roaming téléphonique entre États.
À côté de ce projet phare, Smart Africa a lancé un fonds de bourses. « Nous avons formé plus de 86 boursiers en master sur le continent africain, grâce aux fonds levés depuis 2017 », souligne Lacina Koné. L’organisation a également élaboré dix‑huit schémas directeurs couvrant des domaines stratégiques : financement panafricain, systèmes de paiement, cybersécurité, identité numérique, smart cities ou encore économie digitale. « Chaque pays pilote un volet : le Ghana pour le paiement, la Côte d’Ivoire pour la cybersécurité, le Bénin pour l’identité numérique, le Rwanda pour les smart cities, le Kenya pour l’économie digitale », énumère‑t‑il, insistant sur la dynamique collective.
C’est dans ce contexte que l’Alliance Smart Africa a préparé l’avènement de l’intelligence artificielle, si bien que pour elle, « l’IA n’est pas une révolution globale, mais une révolution sectorielle : santé, transport, éducation… », explique le patron de l’organisation. Les piliers sont clairs : puissance de calcul, algorithmes et data assets, compétences humaines, gouvernance des données, marché et financement. « Smart Africa travaille sur ces piliers depuis pratiquement dix ans », insiste‑t‑il.
Pour Smart Africa, le Maroc un cas d’école
Aujourd’hui, dix‑neuf pays africains ont déjà élaboré une stratégie nationale de l’IA, et d’autres sont en cours. Toutefois, l’homme n’occulte pas que l’infrastructure reste le défi majeur. « Les data centers de l’IA ne sont pas conventionnels. Ils consomment énormément d’énergie et nécessitent des infrastructures télécom robustes », avertit Koné. D’où la nécessité de mutualiser les efforts. « Est‑ce qu’un pays peut le faire seul ? Non », tranche‑t‑il.
C’est dans ce cadre qu’a été créé, en avril 2025, le Conseil africain de l’intelligence artificielle. « Quarante‑neuf pays ont signé la déclaration. Nous avons aujourd’hui quinze membres et plus de 404 experts répartis dans six groupes de travail », détaille Koné. L’objectif : harmoniser les politiques et démocratiser l’accès aux serveurs de calcul. « Nous parlons d’ubérisation de l’accès aux serveurs, en organisant l’Afrique en clusters », explique‑t‑il.

Dans cette stratégie, le Maroc occupe une place singulière. « Sur le continent africain, seuls deux pays figurent dans le top 500 mondial des supercalculateurs : l’Afrique du Sud et le Maroc, avec l’Université Mohammed VI Polytechnique », révèle Koné. Pour lui, c’est un exploit. « Le Maroc a réalisé un exploit en infrastructure IA. C’est une avancée que nous devons exploiter », fait-il savoir.
Vers une dynamique collective
À en croire notre interlocuteur, cette puissance de calcul ouvre des perspectives. « Le Maroc peut partager ses infrastructures avec d’autres pays africains. Cela coûte énormément cher, mais le Royaume dispose d’une base solide en matière d’économie numérique », explique le directeur général de Smart Africa. L’enjeu est de transformer cette capacité en levier continental. « À travers Smart Africa, en harmonisant les politiques, nous pouvons offrir aux fournisseurs de services d’IA un marché de 1,4 milliard de personnes », souligne‑t‑il.
Pour Koné, l’avenir de l’IA en Afrique repose sur la coopération. « Si le Maroc a la possibilité d’avoir un service de l’IA, comment travailler sur l’harmonisation des politiques pour que le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal puissent en bénéficier ? », interroge‑t‑il. L’idée est de créer des « ambassades des données » afin de faciliter le partage des ressources.
Il en est convaincu : « dans quelques années, beaucoup d’acteurs vont entrer dans le jeu, attirés par la perspective d’installer des serveurs d’IA sur le continent ». Mais pour que cette dynamique soit durable, il faut une vision commune. Et vu que l’Afrique ne peut pas se permettre de rester à la marge, au regard du coût infrastructurel atteignant des niveaux pharaoniques à bien des égards, alors la démocratisation de l’accès aux infrastructures est le seul moyen de raccourcir le chemin. Une trajectoire dans laquelle le Maroc jouera un rôle essentiel, défend Lacina Koné.
