Startups africaines: le Maroc, «géant endormi», absent du Top 100 du financement

Publié le
Startups
L'écosystème startup a disparu des radars des financements en Afrique pour le mois d'Avril

Un classement des 100 startups africaines les mieux financées révèle une présence marginale du Maroc, soulevant des questionnements sur la structuration de l’écosystème local, les mécanismes et l’accès au financement, ainsi que les leviers à mobiliser pour renforcer l’attractivité du pays.

Selon les données compilées par “Africa the big deal“, plateforme de veille sur les investissements opérés par l’écosystème startup africain, seules une à deux start-ups marocaines figurent dans le Top 100 africain du financement depuis 2019. Une performance des moins flatteuses, comparée à des mastodontes comme l’Afrique du Sud (23 start-ups), le Nigeria (22), le Kenya et l’Egypte (17 chacun).

Même le Ghana, pourtant moins doté en infrastructures, est mieux logé dans cette analyse avec cinq start-ups dans ce classement. D’autres pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Rwanda ou la Tunisie affichent également une présence, parfois modeste mais significative.

Au regard des atouts dont dispose le Maroc – écosystème renforcé, soutien institutionnel, existence d’une stratégie – le positionnement relayé par la plateforme interpelle.

Accès au capital : entre ambitions affichées et réalités du terrain

En effet, les données rendues disponibles par Africa the big deal laissent entrevoir un flux d’investissement marginal recolté par les startups locales. Et pourtant, la stratégie digitale lancée naguère porte l’ambition de faire émerger des licornes.

Pour Youssef Harrouchi, spécialiste de l’accompagnement des startups et figure figure bien connue de l’écosystème marocain, cette ambition reste prématurée. «Avant de parler de licornes, il faut d’abord mettre en place les bases, les moyens, les conditions. Les objectifs sont louables, mais il faut rester réaliste», déclare l’expert.

Lire aussi. Cloud souverain, startups, éthique : ce que l’arrivée de Mistral AI pourrait changer au Maroc

Au-delà des incubateurs, qui «font un travail magnifique», Harrouchi pointe un verrou structurel : l’absence d’un marché accessible. «Il faut que les start-ups aient accès à la commande publique. On ne peut pas leur demander des références quand elles viennent de démarrer. Il faut changer la mentalité des donneurs d’ordres et leur faire confiance», fait remarquer Youssef Harrouchi.

Le rôle des fonds locaux et du soutien public est également en question. Si l’argent «ne manque pas», selon Harrouchi, c’est la capacité à structurer des mécanismes d’accompagnement qui fait défaut.

A titre d’exemple, l’homme qui est à la tête de Conexis, évoque l’accès limité à certaines infrastructures critiques, notamment les GPU pour les projets en intelligence artificielle. «Les jeunes s’investissent, ils veulent avancer. Mais il faut accélérer, mettre en place de vrais use cases, et surtout former à très haut niveau».

Des secteurs porteurs, des opportunités à saisir

Pour revenir au classement, il démontre que les fintechs sont certes les plus prisés avec un peu moins de la moitié (42) dans le tableau. A côté de la fintech, l’on retrouve d’autres segments traduisant un écosystème plus diversifié qu’on ne le croit.

L’énergie, la logistique, l’agritech, la santé, le retail et même la gestion des déchets ou l’irrigation sont représentés. Le segment « climate tech» regroupe 26 entreprises, dont la moitié dans l’énergie et le reste dans l’agriculture et les transports verts.

De l’avis de notre expert, il parait évident que les startups du Royaume ont toutes les cartes pour opérer une remontée notable les années à venir. Pour ce faire il évoque des leviers comme l’intelligence artificielle qui, selon lui est une opportunité stratégique. «C’est l’avenir, c’est le présent. Mais il faut sensibiliser».

En somme pour Youssef Harrouchi, la position du Maroc dans ce top 100 est révélateur des défis auxquels les startups marocaines sont confrontées. Cependant, les perspectives sont loin d’être sombres.

Une jeunesse engagée, une ministre issue du monde tech, des incubateurs dynamiques, sont autant d’atouts sur lesquels le Royaume peut capitaliser pour transformer ces signaux. Dans la foulée, il faudra également lever les freins réglementaires, structurer l’accès au capital et créer un environnement de confiance entre startups et institutions.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Startups africaines: le Maroc, «géant endormi», absent du Top 100 du financement

S'ABONNER
Partager
S'abonner