Le taux de chômage a atteint 13,3% en 2024, ressort-il de la récente note d'information…
Chômage des jeunes: le Maroc peut-il conjurer l’hécatombe?
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Avec un taux de chômage atteignant 36,7% chez les jeunes de 15 à 24 ans, le Maroc fait face à un défi économique et social majeur. Ce chiffre illustre non seulement les difficultés d’insertion professionnelle des jeunes, mais aussi les limites des politiques publiques en matière d’emploi et de formation.
Les jeunes représentent plus d’un tiers des chômeurs au Maroc, une proportion qui a connu une aggravation au fil des années. La dernière note d’information du Haut-Commissariat au Plan (HCP) fait état de 36,7% de jeunes de 15 à 24 ans parmi les 1.638.000 chômeurs dénombrés au Maroc en 2024, soit une proportion de 601.146 jeunes, un nombre suffisamment important.
«En termes d’emplois au Maroc, on est sur une alerte, c’est un warning. Le taux de chômage des jeunes est très élevé et n’a cessé d’augmenter depuis 2020», déplore Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain de gouvernance et de management, interrogé par H24Info.
Plusieurs causes
Au nombre des raisons de cette hausse, l’inadéquation entre le système éducatif et les besoins du marché du travail. Une inadéquation que le spécialiste traduit par le fait que «chaque année, 400.000 nouveaux demandeurs d’emploi proviennent des universités et des écoles publiques et privées». Ce flux, explique-t-il, est en contraste avec le taux de croissance de l’économie marocaine qui reste, aux dires des spécialiste, insuffisante pour générer un volume d’emplois proportionnel à la croissance démographique. Selon le HCP, l’économie marocaine doit croître d’au moins 6% par an pour absorber l’afflux de nouveaux entrants sur le marché du travail, un objectif rarement atteint.
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La rigidité du marché du travail et le poids du secteur informel (qui représente près de 70% des emplois) empêchent également une intégration fluide des jeunes diplômés. Nombre d’entre eux, bien que qualifiés, se retrouvent contraints d’accepter des emplois précaires sans protection sociale.
De plus, la culture de l’entrepreneuriat reste peu développée malgré les programmes de soutien gouvernementaux. Sur ce point, Youssef Gurerraoui Filali indique: «Beaucoup de jeunes se tournent vers l’entrepreneuriat, mais les programmes de soutien sont mal adaptés. Les banques exigent des garanties, ce qui empêche nombre de jeunes d’accéder aux financements. De plus, ces initiatives manquent d’accompagnements technique et commercial, essentiels pour réussir sur le marché.»
Des conséquences préoccupantes
Il ne fait aucun doute que le phénomène a des répercussions directes sur la société marocaine. D’un point de vue social, elle alimente le sentiment de frustration et d’exclusion chez les jeunes, menant à des phénomènes comme la migration clandestine et la montée de la délinquance urbaine. Une étude pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié l’année dernière note que «le Maroc peine à tirer profit de son potentiel démographique, avec un chômage élevé des jeunes et une proportion importante de NEET (jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation)».
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D’un point de vue économique, cette situation représente un manque à gagner considérable pour le pays. Une jeunesse inactive signifie moins de cotisations sociales, un pouvoir d’achat réduit et une consommation intérieure affaiblie, freinant ainsi la dynamique économique.
La politique sociale du gouvernement: entre initiatives et limites
Cette situation préoccupante soulève inéluctablement des questions sur l’efficacité des mesures prises par le gouvernement pour contrer le chômage. Il faut en cela dire que plusieurs initiatives ont été mises en place: Awrach, Intelaka, Forsa, etc. Autant de programmes qui, aux yeux des experts, sont largement insuffisantes. «Nous n’avons pas de réelle politique de l’emploi au Maroc. Les programmes comme Awrach, Forsa ou 100.000 entrepreneurs sont limités dans le temps et l’espace. Ils ne sont pas accompagnés d’une véritable innovation gouvernementale ni d’actions synchronisées avec le secteur privé», fustige un expert s’exprimant sous anonymat.
D’autres y voient un aveu d’échec. Le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, avait d’ailleurs donné de la voix dans ce sens le mois dernier, dénonçant les limites de la politique sociale du gouvernement Akhannouch. Dans son étude, l’OCDE a, pour sa part, souligné que «malgré des réformes sociales et économiques en cours, le Maroc peine à tirer profit de son potentiel démographique, avec un chômage élevé des jeunes».
Il est clair que le chômage des jeunes au Maroc est un problème complexe qui ne saurait être résolu par des solutions temporaires. Si les initiatives gouvernementales apportent un soulagement à court terme, seule une réforme structurelle et une implication active du secteur privé permettront d’endiguer durablement ce fléau.
