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Sahara: après les soutiens au plan d’autonomie, vers un règlement historique en 2025?
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Les signaux politiques, diplomatiques et juridiques s’accumulent, dessinant les contours d’une possible issue historique au conflit du Sahara. L’horizon d’un règlement définitif, d’ici la fin de 2025 ou début 2026, paraît plus crédible que jamais. Analyse.
L’adhésion croissante de la communauté internationale au plan d’autonomie marocain, le recul significatif du soutien au Front Polisario et les prises de positions claires de grandes puissances – États-Unis, Royaume-Uni, France, Espagne – renforcent la dynamique favorable à Rabat.
À cela, s’ajoute une nouvelle donne sur le terrain: le Maroc impose progressivement une réalité militaire irréversible, verrouillant les zones tampons et neutralisant les incursions séparatistes. Les faits s’imposent et la diplomatie suit.
Des experts en relations internationales estiment que l’évolution actuelle du dossier pourrait aboutir à une reconnaissance officielle par les Nations Unies de la souveraineté marocaine sur ses provinces sahariennes dès la fin de cette année ou au plus tard la prochaine.
Le basculement des grandes puissances
Alors que l’effet domino de la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, en décembre 2020, s’était estompé avec l’arrivée de Joe Biden au pouvoir, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a réactivé cette dynamique, ouvrant la voie à d’autres changements d’attitude dans le concert des nations.
Après la reconnaissance espagnole arrachée après un gros bras de fer diplomatique, économique et géopolitique en avril 2022, ou encore celle de la France extirpée fin juillet 2024 après des années de brouille frôlant la rupture diplomatique, le week-end dernier, le Royaume-Uni a exprimé un appui explicite à une solution basée sur l’autonomie.
Il ne s’agit pas d’un effet d’annonce ou d’une prise de position advenue à la suite de la rencontre entre Nasser Bourita et David Lammy, secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, mais plutôt de l’aboutissement d’un rapprochement renforcé entre les deux royaumes.
Selon le politologue français Emmanuel Dupuy, «la position britannique ne fait que répondre à une réalité économique. Car, depuis la sortie de l’Union Européenne de la Grande-Bretagne, les échanges commerciaux entre les deux pays ont évolué significativement, atteignant près de 4 milliards d’euros».
🌍 Sur les 193 États membres de l’ONU, 120 « reconnaissent la marocanité du #Sahara 🇲🇦 » ou « ne reconnaissent pas la légitimité de ceux qui la récusent ».
Pour le politologue Emmanuel Dupuy, la position britannique vient conforter une dynamique irréversible. #Edition_spéciale pic.twitter.com/RpeNVyxmyD
— 2M.ma (@2MInteractive) June 4, 2025
Invité d’une émission spéciale sur 2M, le professeur de géopolitique et des questions de sécurité et défense à l’Université Paris-Sud, a considéré que «d’une certaine façon le ruisseau retrouve le cours de la rivière après plus de 800 ans de relations diplomatique».
Une dynamique irréversible
Pour lui, «la Grande-Bretagne ne fait que confirmer une tendance générale. Désormais, trois quarts des pays africains, 115 voire 120 parmi les 193 membres de l’Assemblée générale des Nations Unies reconnaissent la marocanité du Sahara ou tout au moins ne reconnaissent pas la légitimité de ceux qui la récusent».
Évitant de dire que «la messe est dite», le politologue met en avant tout de même le caractère irréversible de cette dynamique de reconnaissance de la marocanité des provinces du Sud, notamment avec trois membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Dupuy met en exergue l’accélération de cette tendance même auprès des autres membres permanents du Conseil de sécurité, notamment la Chine et la Russie. «Si l’on prend la résolution 27.56 du 30 octobre dernier – désignant l’initiative d’autonomie marocaine comme « la seule base sérieuse et crédible » de règlement du conflit –, la Chine a voté pour et on sait tous l’évolution de la position de la Russie».
Selon Dupuy, «trois quarts des pays africains, et plus de 120 par 193 membres des Nations Unies, reconnaissent la marocanité du Sahara ou, à tout le moins, ne reconnaissent pas la légitimité de ceux qui la récusent». Cette tendance s’accélère. Même la Chine, longtemps prudente, a voté en faveur de la résolution 2654 du 30 octobre, qualifiant le plan marocain d’«unique base sérieuse et crédible». La position de la Russie, qui essaye tout de même de maintenir une neutralité calculée et jouer le rôle de médiateur, a évolué en faveur du Royaume.
Effritement du socle africain du Polisario
Si la nouvelle position britannique était déjà perceptible avec le soutien confirmé au Parlement britannique et renforcée par un jugement de la justice britannique déboutant le Polisario dans ses recours contre les accords commerciaux Maroc–Royaume-Uni, la déclaration du ministre le week-end dernier devrait provoquer un effet boule de neige chez le reste des 56 pays du Commonwealth.
L’adhésion du Ghana à cette dynamique moins d’une semaine après en est la parfaite illustration. Alors que des voix, à l’instar du député conservateur britannique Sir Liam Fox, s’élevaient pour appeler la Grande-Bretagne à encourager «cette quête libératrice» auprès de ses partenaires du Commonwealth, le Ghana, autre pays de cette organisation intergouvernementale, affiche désormais un franc soutien à la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud.
Outre Accra qui a, faut-il le rappeler, retiré sa reconnaissance en janvier dernier, on assiste ces dernières années à une érosion du bloc africain historiquement aligné sur les thèses séparatistes. Le cas du revirement du Kenya est emblématique.
D’autres pays, comme l’Équateur ou la Syrie, ont fermé les représentations du Polisario sur leur territoire, ce qui marque une chute des derniers bastions de soutien au front séparatiste.
Un coup de force au sein du CS
Le politologue Abdelfattah El Fatihi estime, dans cette veine, que les mois à venir sont cruciaux pour la résolution du conflit et pourraient même voir se cristalliser un consensus international en faveur du plan marocain. Dans cette perspective, il met en avant l’alignement de trois membres permanents du Conseil de sécurité – les États-Unis, la France et le Royaume-Uni – qui soutiennent ouvertement la souveraineté marocaine, pendant que la Chine et la Russie maintiennent une posture de neutralité.
«Cette configuration crée les conditions idéales pour une adoption onusienne d’un règlement politique définitif», confie-t-il en rappelant que plusieurs pays européens, notamment l’Espagne en tant que membre du groupe des Amis du Sahara, ainsi que de nombreux pays arabes, islamiques et africains, soutiennent également la proposition marocaine.
Le fait accompli imposé sur le terrain
Face aux déclarations hostiles et au retrait du Polisario de l’accord de cessez-le-feu du 6 septembre 1991 à Rabat, le Maroc – qui reste attaché à cet accord – s’est réservé le droit de répondre aux provocations qui se sont multipliées depuis la libération du passage d’El Guerguerat en 2020, imposant de facto un fait accompli stratégique dans la zone tampon et toute la région du Sahara.
Selon l’ancien haut cadre militaire du Front Polisario, Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud, en rupture avec le mouvement depuis quelques années, le Royaume a progressivement modifié les règles du jeu dans la région à l’est du mur de sable (No man’s land).
Ould Sidi Mouloud a étayé son propos en soulignant que l’armée mauritanienne a décrété récemment la fermeture totale de la zone de Lebreika, située à la lisière nord-est du pays, en bordure des camps de Tindouf, et qu’une unité militaire mauritanienne a récemment bloqué l’accès aux Sahraouis issus des camps de réfugiés de Tindouf, les empêchant d’entrer ou de sortir du territoire mauritanien.
Une nouvelle équation dictée par Rabat
Pour l’ancien responsable sahraoui, le Maroc a brillamment appliqué une logique issue de la «théorie des jeux», en créant une situation qui rend le coût de la poursuite des attaques trop élevé pour le Polisario et ses soutiens. «Si la Mauritanie maintient sa décision d’interdire l’accès de son territoire aux militaires du Polisario, le Maroc aura gagné le contrôle complet des zones à l’est du mur de défense sans tirer une seule balle. Ses frontières souveraines seront alors directement connectées à toute la Mauritanie, les points de passage entre les deux pays seront ouverts, et le Polisario restera confiné sur le territoire algérien», a-t-il expliqué.
Le mur de défense marocain, consolidé depuis 1984, empêche tout passage des combattants séparatistes vers le sud sans traverser le territoire mauritanien. Ce contournement, toléré de longue date, semble aujourd’hui devenir inacceptable, notamment après plusieurs frappes mortelles ayant touché des civils mauritaniens, présentés comme orpailleurs dans la zone.
Vers une issue historique?
Ces évolutions convergentes viennent appuyer les déclarations récentes de l’ambassadeur du Maroc auprès des Nations Unies, Omar Hilale, qui a évoqué une «bonne nouvelle imminente», confirmant une dynamique internationale favorable à la position marocaine.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, a d’ailleurs déclaré lors de sa visite à Rabat que des «opportunités majeures» existaient pour avancer vers une solution politique sous l’égide des Nations Unies, en prenant comme base le plan d’autonomie marocain. «Cette année est une occasion unique de parvenir à un accord avant que le conflit n’atteigne son 50ᵉ anniversaire en novembre», a ajouté David Lammy.
Nous sommes donc face à une page qui est en train de se tourner et une autre qui reste à écrire. Certes, comme l’a si bien relevé Emmanuel Dupuy, «le travail n’est pas encore achevé», mais le cap est tracé.
