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Santé au Maroc: « La réalité ne correspond pas aux discours », affirme un professionnel
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Le médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé Dr. Tayeb Hamdi dresse un diagnostic de la crise dans le secteur hospitalier public marocain et propose des pistes pour en sortir.
Sollicité par H24Info, le médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé Dr. Tayeb Hamdi nous livre son analyse. Selon lui, si les mobilisations concernent aujourd’hui la santé, elles risquent de s’étendre à d’autres secteurs, car les Marocains ont pris conscience de la nécessité de défendre le service public.
Sur le plan sanitaire, « le constat est lourd », près de 60 % des dépenses de santé sont directement financées par les ménages, dont environ 45 % de manière directe et 15 % via des caisses ou partenariats. En clair, trois quarts des coûts sont supportés par les familles, ce qui pousse les plus pauvres à renoncer aux soins, rappelle-t-il.
«Même les assurés doivent encore payer plus de 50% de leurs frais médicaux de leur poche, en plus de leurs cotisations», ajoute le médecin ces lourdes dépenses ne font que fragiliser le pouvoir d’achat et alimentent la colère des citoyens»,.
Autre constat clé évoqué par Dr. Hamdi: la classe moyenne a massivement déserté l’hôpital public, comme elle l’avait fait pour l’école, pour se tourner vers le privé. Mais avec la flambée des prix et l’inflation, cette option est devenue inaccessible, sans représenter une véritable alternative. Les familles marocaines redécouvrent ainsi que le secteur public reste incontournable, d’où la revendication actuelle d’un service de qualité et accessible à tous.
Il pointe également un discours officiel en décalage avec la réalité. Les responsables affirment souvent que «tout va bien», que les hôpitaux fonctionnent correctement et que les infrastructures se portent bien. Or, le vécu quotidien des citoyens contredit cette narration. «Ce décalage aggrave la situation et suscite la colère. Par les récentes protestations, la société envoie un signal clair aux décideurs pour dire que la réalité ne correspond pas aux discours, et qu’il est urgent d’agir», souligne-t-il.
«Le problème s’est accumulé depuis plus de 50 ans»
Le médecin souligne que le Maroc traverse une étape décisive. Pour sortir de cette crise, il rappelle que le Roi Mohammed VI avait déjà appelé, dès 2018, à une réforme en profondeur du système de santé, avant même la crise du Covid. «Il ne s’agit pas seulement de réformer, mais de procéder à une révision radicale de la structure sanitaire, car le problème est ancien et s’est accumulé depuis plus de 50 ans, devenant ainsi structurel.»
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La situation dans les hôpitaux
Dr. Hamdi décrit une situation contrastée, certains établissements fonctionnent correctement, d’autres survivent difficilement et beaucoup sont dans un état d’agonie. Des chiffres illustrent ce déséquilibre. «D’une part, l’hôpital public ne reçoit que 10 % des financements de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO), alors qu’il devrait en percevoir plus de 50 % compte tenu de ses charges et de ses capacités par rapport au privé. D’autre part, près de 30 % des dépenses de l’AMO Tadamon, destinée aux personnes démunies dont l’État paie les cotisations, se dirigent vers le secteur privé, alors que ces patients devraient être mieux pris en charge dans le public, où ils sont exonérés des frais supplémentaires, une différence de 10 à 20 %, qu’ils doivent régler dans les cliniques», affirme-t-il.

À cela s’ajoute une pénurie aiguë de ressources humaines, le Maroc compte moins de 30.000 médecins, dont 14.000 exercent à l’étranger, alors qu’il faudrait au moins 34.000 praticiens supplémentaires pour atteindre le seuil minimal fixé par l’OMS. Ce manque, combiné à un financement insuffisant et à une gouvernance défaillante, pousse les citoyens vers le privé ou l’étranger, laissant l’hôpital public dans un état de grande fragilité.
Quelles solutions?
Pour Dr. Hamdi, il ne suffit pas d’injecter de l’argent ou d’augmenter le nombre de médecins. La réforme doit être globale et structurelle. La priorité est d’améliorer la situation des ressources humaines, en offrant des salaires décents, former davantage de médecins et professionnels de santé et améliorer les conditions de travail afin de limiter la fuite.
La gouvernance est un autre chantier majeur. «Il faut une gestion plus efficace des moyens déjà existants. Comment expliquer, par exemple, qu’un patient attende six mois à un an pour un simple rendez-vous, alors que des médecins sont disponibles ? Une meilleure gouvernance aurait déjà permis d’améliorer la situation.»
Selon notre interlocuteur la confiance des citoyens reviendra lorsque les responsables du secteur de la santé seront désignés selon une logique de responsabilité, et non toujours les mêmes visages, nommés depuis 50 ans avec les mêmes méthodes. «Tant que le citoyen constate cette continuité, il perd espoir en toute réforme des hôpitaux publics», insiste Dr.Hamdi.
La crise de la santé publique ne résulte pas seulement d’un manque de moyens, mais surtout d’un déficit structurel de gouvernance et de vision. « Pour apaiser la colère sociale et restaurer la confiance des citoyens, il est urgent d’engager une réforme en profondeur, à la hauteur des attentes et des besoins du pays« , conclut le médecin.
