Seghrouchni : « L’heure légale est une décision encadrée par la loi, pas sectorielle » 

Publié le
GMT +1 Seghrouchni
La ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, lors d'une séance des questions orales à la Chambre des représentants le 20 janvier 2025 © DR

L’heure légale au Maroc est strictement encadrée par des dispositions juridiques et réglementaires, et ne relève en aucun cas d’une décision sectorielle isolée. C’est ce qu’a affirmé, lundi à Rabat, Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration.

S’exprimant en réponse à une question orale à la Chambre des représentants sur l’heure supplémentaire, posée notamment par le Groupe du Progrès et du Socialisme ainsi que par des députés non affiliés, la ministre a rappelé que cette question est régie par un cadre légal précis.

Elle a ainsi cité le décret royal n° 455.67 du 2 juin 1967, ainsi que le décret n° 2.18.855 du 26 octobre 2018, qui prévoit l’ajout de 60 minutes à l’heure légale, avec la possibilité de suspendre temporairement cette mesure si les circonstances l’exigent.

Une gestion institutionnelle et coordonnée

Selon la ministre, le traitement de l’heure légale s’inscrit dans une approche institutionnelle impliquant plusieurs départements gouvernementaux. Chaque entité agit dans le respect de ses compétences, dans un cadre coordonné visant à garantir la cohérence de l’action publique.

Elle a souligné que l’évaluation de ce système repose sur plusieurs paramètres, nécessitant une vision globale qui prend en compte à la fois les impératifs économiques, notamment l’intégration aux marchés internationaux, et les attentes des citoyens.

Des mesures d’accompagnement adaptées

Le gouvernement a mis en place plusieurs mesures pour accompagner ce choix, notamment :

-l’adaptation des horaires de travail dans les administrations publiques selon une logique de flexibilité

-l’ajustement des emplois du temps scolaires en fonction des spécificités territoriales

-le renforcement de la coordination entre les différents départements concernés

Ces mesures visent à assurer la continuité du service public tout en limitant les impacts sur la vie quotidienne.

Une question au cœur du quotidien

Amal Seghrouchni a également insisté sur le fait que la question de l’heure légale touche directement plusieurs dimensions de la vie des citoyens, notamment les familles, le système éducatif, l’administration et l’activité économique.

Lire aussi: GMT+1: pourquoi les Marocains rejettent massivement l’heure d’été (rapport)

Elle a précisé que la gestion de ce dossier se fait dans une démarche participative, fondée sur le sens des responsabilités et le respect du cadre institutionnel, avec pour objectif principal la préservation de l’intérêt général.

En conclusion, la ministre a réaffirmé que la décision relative à l’heure légale s’inscrit dans une logique de convergence visant à garantir la stabilité, la lisibilité et la cohérence de l’action publique.

Les Marocains rejettent massivement l’heure d’été

Dans le cadre de ce débat sur les répercussions de l’heure supplémentaire sur la vie des Marocains, la Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC) a publié, le 14 avril à Casablanca, une étude révélant que depuis son adoption par décret en 2018, le passage définitif à GMT+1 continue de crisper les foyers marocains.

S’appuyant sur une enquête nationale massive menée auprès de diverses catégories sociales, la FNAC a dressé un tableau noir d’une mesure initialement pensée pour l’efficacité économique.

Un réveil dans le noir et l’insécurité

Le constat est particulièrement sombre pour la jeunesse. En hiver, le décalage entre l’heure légale et le cycle solaire transforme les matinées scolaires en calvaire. Selon le rapport, 65,1 % des 777 élèves et étudiants interrogés qualifient la qualité de leur sommeil de «mauvaise» ou «très mauvaise» avant la première séance.

Pire encore, l’étude a soulevé une faille sécuritaire: 61,2 % des apprenants déclarent ne pas se sentir en sécurité lors de leurs déplacements matinaux hivernaux. Une anxiété partagée par les parents d’élèves (391 répondants), qui voient dans ces départs aux aurores un risque accru pour l’intégrité physique de leurs enfants.

Enseignants: «La première heure est perdue»

Le corps enseignant n’est pas en reste. Sur les 300 professeurs sondés, 75 % notent une augmentation flagrante de l’absentéisme et des retards lors de la première séance en hiver. Mais c’est l’état physiologique des élèves qui inquiète le plus : 91,7 % des enseignants observent un mélange de fatigue profonde et d’instabilité émotionnelle chez leurs élèves.

Lire aussi. GMT+1 au Maroc: plus de coûts que de gains? (analyse)

Le verdict pédagogique est sans appel: pour 66,6 % des professeurs, la première heure de cours ne sert plus à l’acquisition de savoirs, mais est sacrifiée à la lutte contre la somnolence généralisée.

Le mirage des économies d’énergie

L’argument du gouvernement lors de l’adoption de cette mesure était l’économie d’énergie. Pourtant, l’enquête de la FNAC vient contredire ce postulat au niveau domestique: 60,8 % des répondants affirment avoir constaté une hausse de leur consommation d’électricité et de chauffage le matin.

Loin d’alléger les charges, le GMT+1 alourdirait donc le budget des ménages, non seulement en kilowatts, mais aussi en frais de transport pour assurer la sécurité des enfants. Pour la majorité des sondés, le gain théorique pour l’État ne se reflète absolument pas dans le portefeuille des citoyens.

Lire aussi: “Heure GMT+1” : une campagne citoyenne lance une pétition nationale pour le retour à « l’heure normale »

Si l’enjeu de l’alignement sur les partenaires européens reste la priorité des technocrates, la FNAC plaide pour que l’humain reprenne ses droits. La recommandation principale du rapport est claire: un retour au système d’alternance saisonnière (GMT+0 en hiver/GMT+1 en été). Un compromis qui permettrait de préserver les soirées longues en été tout en réalignant l’heure légale sur le cycle biologique durant les mois les plus froids.

Pour les consommateurs, le dossier ne peut plus être géré par de simples décrets: il nécessite une consultation nationale incluant experts en chronobiologie et acteurs civils. En attendant, les Marocains continuent de vivre avec cette impression persistante d’avoir une heure de retard sur leur propre rythme biologique.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Seghrouchni : « L’heure légale est une décision encadrée par la loi, pas sectorielle » 

S'ABONNER
Partager
S'abonner