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Horaires interminables, salaires bas, CNSS… Les agents de sécurité réclament une réforme urgente
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Prolifération de sociétés fictives, salaires dérisoires, longues journées de travail, conditions professionnelles loin des standards légaux… Au Maroc, de nombreuses lacunes persistent dans le secteur de la sécurité privée.
Le débat sur les conditions de travail des agents de sécurité privés au Maroc a récemment refait surface à la suite d’annonces officielles promettant une réforme du secteur et une limitation des horaires de travail. «Cela fait 16 ans que je travaille comme agent de sécurité privée. Les problèmes sont nombreux: salaires souvent en dessous du SMIG, absence de rémunération des heures supplémentaires, non-déclaration à la CNSS, difficultés à obtenir des congés ou des indemnités…», confie Rachid à H24Info.
«Rares sont les agents qui osent revendiquer leurs droits en raison d’une clause de mobilité nationale. Certaines sociétés n’hésitent pas à muter les agents revendicateurs vers des villes éloignées de leurs familles, comme une forme de sanction», ajoute-t-il.
Pour sa part, la secrétaire générale du Syndicat national des agents de sécurité privés, de nettoyage et de cuisine, Loubna Najib, confirme que le secteur fait face à des difficultés et un déséquilibre profonds. Elle souligne notamment que la plupart des agents travaillent 12 heures d’affilée, sans aucune indemnisation pour les heures supplémentaires, alors que la loi fixe l’horaire légal à 8 heures par jour.
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Elle dénonce également l’absence d’indemnisation en cas d’accident du travail, l’absence de droits liés aux vacances annuelles, aux jours fériés, ainsi qu’aux fêtes nationales et religieuses. S’y ajoutent les récentes décisions, qui ont exclu un grand nombre d’agents dont le niveau scolaire est inférieur à la première année du collège, malgré, souvent, plus de 12 ans d’expérience. «Nous ne sommes pas contre cette décision. Nous voulons des agents formés, mais elle ne doit pas concerner ceux qui exercent depuis de nombreuses années», précise Najib.
Récemment, la fonction d’accueil dans les hôpitaux a récemment été interdite aux agents de sécurité. Une mesure qui, selon la syndicaliste, a certes allégé leur charge quotidienne face aux tensions avec les citoyens, mais n’a pas empêché qu’on leur demande d’intervenir lors de situations violentes, alors même qu’ils ne disposent pas du statut d’agents de police judiciaire. «Cela montre que les responsables ne mesurent pas réellement la nature et le rôle de ce métier», regrette-t-elle.
Plus de 40.000 sociétés fictives
Selon les statistiques recueillies par les représentants du secteur, le nombre d’agents de sécurité au Maroc dépasserait un million et demi, dont une grande partie non déclarée, notamment dans des zones reculées du Royaume. De même, le nombre de sociétés actives dépasserait 50.000, alors que le ministère de l’Intérieur n’en reconnaît officiellement que 7.000.
«Beaucoup de ces sociétés changent de nom et parviennent tout de même à obtenir des marchés publics, ce qui est très préoccupant. L’État porte aussi une part de responsabilité, car en accordant des marchés au plus bas coût, parfois même en dessous du SMIG, il légitime indirectement les violations des droits des agents», déplore Loubna Najib.
Le syndicat revendique, dans ce sens, la mise en place d’un plafond minimal basé sur le SMIG pour les conventions, afin de lutter contre la concurrence déloyale et les pratiques suspectes dans l’attribution des marchés publics. «La seule vraie victime de cette situation reste l’agent de sécurité», insiste notre interlocutrice.
La lutte continue
Face à cette situation, le Syndicat national des agents de sécurité privés, de nettoyage et de cuisine affirme avoir déjà adressé une lettre au ministère de l’Intérieur pour demander un meilleur contrôle du secteur. «Il est étonnant de voir de telles violations des droits au XXIᵉ siècle et sous la Constitution de 2011, ainsi que des violations flagrantes du Code du travail», insiste la SG du syndicat.
Plusieurs réunions ont également été tenues avec le ministère de l’Emploi. Une manifestation nationale annoncée a ainsi été suspendue après un premier accord sur la concrétisation de certaines revendications. Après une seconde manifestation, le 20 octobre devant le Parlement, le secrétaire d’État au Travail, Hicham Sabiry, a convoqué le syndicat en présence des centrales syndicales les plus représentatives.
Le patronat doit être à son tour consulté afin de finaliser une convention portant sur l’application stricte de l’article 184 du Code du travail, visant à mettre fin à la journée de 12 heures. «Nous ne demandons pas une réforme du Code du travail, mais d’abord son application», souligne Najib.
Une autre problématique, concernant les travailleuses domestiques non couvertes socialement, a également été soulevée. «Nous pouvons dire qu’aujourd’hui, nous nous rapprochons d’une étape importante. Si nous parvenons déjà à régler la question des 12 heures de travail, ce sera un premier pas essentiel. La lutte continue», conclut Loubna Najib.
