“Paroles d’Experts” de Faïçal Tadlaoui. Chiens errants: ramassages, abattages et omerta…

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Attaques, tensions locales, malaise sanitaire : la prolifération des chiens errants au Maroc devient une urgence sociétale. Phénomène ancien mais désormais hors de contrôle, il soulève des inquiétudes croissantes dans les villes comme dans les campagnes. Dans ce nouvel épisode de Paroles d’Experts, Faïçal Tadlaoui reçoit Hamid Faridi, acteur engagé de longue date dans la cause animale et fin connaisseur des dynamiques territoriales, pour un échange sans détour sur un sujet omniprésent mais entouré d’une chape de plomb.

Il est des sujets que personne ne veut vraiment aborder. Trop sensibles, trop complexes, ou tout simplement dérangeants. Celui des chiens errants en fait partie. Et pourtant, difficile de nier l’évidence: dans les villes comme dans les campagnes marocaines, la présence massive de chiens sans maître devient un sujet de préoccupation majeur. En particulier après des événements tragiques survenus ces derniers mois, notamment à Dakhla, Tanger et dans la région de Dar Bouazza, où des attaques ont choqué l’opinion publique.

C’est dans ce contexte tendu que « Paroles d’Experts » a choisi de briser le silence, en consacrant un épisode entier à cette problématique. Une initiative d’autant plus nécessaire qu’elle révèle une réalité taboue. «Des gens se sont désistés, d’autres ont eu peur de venir parler de ce sujet», déplore Faïçal Tadlaoui en ouverture d’émission, soulignant les réticences à s’exprimer publiquement sur ce sujet très sensible.

Et pour cause. Il y a un mois à peine, l’information selon laquelle le Maroc allait abattre 3 millions de chiens errants pour nettoyer ses villes avant la Coupe du monde 2030, s’est répandue comme une trainée de poudre. La presse nationale et surtout internationale s’en est émue, faisant réagir les autorités qui ont rapidement démenti. Toujours est-il que des cas de maltraitance et d’euthanasie par arme à feu et coups de bâtons ont bien été rapportés sur des chiens pourtant vaccinés.

Un phénomène ancien devenu incontrôlable

Défenseur de la cause animale, Hamid Faridi ne cache pas son inquiétude : la question des chiens errants n’est pas nouvelle, mais elle a pris une ampleur inédite. « Cela fait des années qu’on en parle », explique-t-il, tout en constatant un manque criant de coordination. Aucun acteur ne semble vouloir assumer pleinement la responsabilité : les municipalités se renvoient la balle avec les services vétérinaires, les associations manquent de moyens, et l’État n’a pas encore mis en place une politique nationale cohérente.

Les conséquences, elles, sont bien concrètes : risques de morsures, propagation de maladies comme la rage, insécurité ressentie dans certains quartiers… Le tout sur fond d’un vide juridique et institutionnel.

Une réponse publique quasi inexistante

Si des campagnes de stérilisation sont parfois évoquées, elles restent largement insuffisantes. «On agit souvent dans l’urgence, de manière dispersée», regrette Hamid Faridi. À défaut d’un véritable plan national, les communes tentent de gérer tant bien que mal un problème qui les dépasse. Et souvent, la seule réponse est brutale : abattage massif ou empoisonnement, des pratiques dénoncées aussi bien par les citoyens que par les défenseurs des animaux.

Faïçal Tadlaoui souligne d’ailleurs la complexité de la situation : « On est face à une double fracture, éthique et institutionnelle. » D’un côté, une société marocaine tiraillée entre attachement culturel aux animaux et crainte sanitaire. De l’autre, une administration silencieuse, voire absente.

Un débat qu’il faut avoir, malgré les tabous

L’émission rappelle à quel point il est difficile de construire un discours rationnel autour des chiens errants, tant le sujet touche à la fois à l’émotion, à la sécurité et à la misère sociale. Certains de ces animaux sont nourris par des habitants en situation précaire, dans un élan de solidarité spontanée qui montre aussi les limites du système.

Pour Hamid Faridi, la sortie de crise passe par trois axes : une politique publique claire avec des financements à long terme, une implication des collectivités locales, et une mobilisation de la société civile autour de programmes de sensibilisation. Il plaide aussi pour la création de structures d’accueil, comme des refuges municipaux, encadrés et contrôlés.

Vers une prise de conscience collective ?

Malgré les difficultés, les pistes évoquées laissent entrevoir des solutions concrètes : mise en place de politiques locales structurées, soutien aux associations de terrain, campagnes d’information ciblées… Autant de leviers qui, s’ils sont activés de manière cohérente, pourraient permettre au Maroc de sortir de l’impasse, et de rassurer les millions de visiteurs qu’il compte accueillir dans les prochains mois .

Ce débat, en brisant un tabou, pourrait bien être le premier pas vers une gestion plus humaine, plus responsable et plus durable de cette problématique. Un espoir, certes modeste, mais nécessaire.

emission thirrey

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