Dispersion des rassemblements de la « Génération Z » au Maroc: la gauche dénonce le « tout sécuritaire » (vidéos)

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Protestations de la "Génération Z": FGD et PSU montent au créneau contre le "tout sécuritaire"
Les forces de sécurité arrêtent un manifestant lors d'une manifestation menée par des jeunes pour la justice sociale et exigeant des améliorations dans les secteurs de la santé publique et de l'éducation, devant le bâtiment du Parlement à Rabat, le 27 septembre 2025. © Abdel Majid BZIOUAT / AFP

Plusieurs villes marocaines ont été le théâtre, ce samedi 27 septembre, de manifestations spontanées de jeunes issus de la “Génération Z”, à l’appel du collectif “GenZ 212”, pour dénoncer la dégradation des services de l’Education nationale et de la Santé publique. Ces mobilisations pacifiques ont été rapidement dispersées par les forces de l’ordre, provoquant une vague d’indignation au sein de la gauche qui dénonce une dérive autoritaire.

Dans un communiqué, le Parti Socialiste Unifié (PSU) a condamné ce qu’il décrit comme une « approche sécuritaire excessive » face à des mobilisations légitimes et pacifiques. Le parti s’est insurgé contre les « arrestations arbitraires et injustifiées » ayant visé plusieurs jeunes manifestants dans les villes de Rabat, Casablanca, Tanger, Marrakech et Meknès.

Le PSU fustige une « militarisation » de l’espace public

Le PSU a réaffirmé le droit constitutionnel à la manifestation et à l’expression pacifique, dénonçant les politiques antisociales du gouvernement, responsables selon lui, d’une aggravation des crises économiques et sociales touchant la santé, l’éducation, l’emploi et le logement.

Le parti appelle les autorités à rompre avec la logique autoritaire, à séparer l’argent du pouvoir politique et à écouter les revendications légitimes de la jeunesse. Il réclame également la libération de tous les détenus politiques, notamment ceux du Hirak du Rif, ainsi que la fin des poursuites contre les journalistes, blogueurs et militants antinormalisation.

La FGD suspend ses consultations électorales

De son côté, la Fédération de la Gauche Démocratique (FGD) a annoncé la suspension de sa participation aux concertations électorales en cours avec le ministère de l’Intérieur, en réaction à la répression jugée « brutale et injustifiée » des rassemblements de la jeunesse marocaine.

Protestations de la "Génération Z": FGD et PSU montent au créneau contre le "tout sécuritaire"
Les forces de sécurité arrêtent une manifestante lors d’une manifestation menée par des jeunes de la Génération Z exigeant des améliorations dans les secteurs de la santé publique et de l’éducation, le 27 septembre 2025 à Rabat. © Abdel Majid BZIOUAT / AFP

 

«Les rues se sont transformées en scènes de poursuites et d’arrestations. Les voix des jeunes réclamant liberté, dignité et justice sociale ont été réduites au silence par les matraques», déplore la FGD.

La FGD estime qu’aucun dialogue politique sérieux ne peut se tenir dans un climat de violation des libertés fondamentales, soulignant qu’une démocratie ne peut s’ériger sur les ruines des droits humains.

Les forces de sécurité arrêtent une manifestante lors d'une manifestation menée par des jeunes de la Génération Z exigeant des améliorations dans les secteurs de la santé publique et de l'éducation, le 27 septembre 2025 à Rabat. © Abdel Majid BZIOUAT / AFP
Des manifestants de la Génération Z bravent l’interdiction au point de rassemblement initial sur le boulevard Moulay Youssef –parc la Ligue Arabe– et scandent des slogans réclamant des améliorations dans les secteurs de la santé publique et de l’éducation, le 27 septembre 2025, sur le boulevard Rachidi à Casablanca. © DR

Le parti dénonce l’absence de volonté politique pour toute réforme réelle, et avertit que cette fuite en avant sécuritaire risque d’accentuer les tensions sociales. Il appelle à la création d’un climat politique sain, garant du respect des droits et libertés, et plaide pour la constitution d’un front démocratique et social unifié afin de défendre les revendications légitimes de la jeunesse et du peuple marocain.

« Notre main restera tendue pour un dialogue sincère et responsable menant à un véritable changement, mais nous refusons d’être complices d’une mascarade politique qui ignore la détresse de notre jeunesse », conclut la FGD.

Génération Z : manifestations dispersées et dizaines d’arrestations 

Plusieurs dizaines de jeunes ont été interpellés samedi à travers le Maroc lors de manifestations à l’appel d’un collectif baptisé « GenZ 212 », réclamant une réforme en profondeur du système éducatif et une amélioration des services de santé publique.

Les forces de l’ordre ont empêché les jeunes de se rassembler dans plusieurs villes du Royaume, alors qu’il s’agissait de la première mobilisation initiée par ce collectif dont les fondateurs demeurent inconnus.

Ces interpellations massives, inhabituelles dans un contexte où les autorités autorisent généralement les rassemblements, ont suscité une vague d’indignation.

« Nous avons constaté l’arrestation de plus de 70 personnes parmi les participants aux deux sit-in », a déclaré à l’AFP Hakim Sikouk, président de la section de Rabat de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH). Selon lui, les manifestants sont progressivement relâchés après vérification de leur identité.

D’après plusieurs vidéos en circulation sur les réseaux sociaux ainsi que l’AMDH, d’autres rassemblements à Casablanca, Tanger, Marrakech et Meknès ont également été violemment dispersés.

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos montrent des jeunes dénonçant les interpellations arbitraires visant, selon eux, des citoyens « venus simplement exprimer leur opinion pacifiquement ».

Le groupe GenZ 212, apparu il y a quelques jours sur Discord, se présente comme « un espace de discussion » autour de questions telles que la santé, l’éducation et la lutte contre la corruption, tout en affirmant son attachement à la patrie.

Du « mouvement des hôpitaux » à la colère citoyenne

Ces manifestations interviennent sur fond de forte contestation sociale, marquée par ce que les militants appellent désormais « le mouvement des hôpitaux » ou « le hirak des hôpitaux » , déclenché après le décès de huit femmes enceintes admises pour césarienne dans l’hôpital régional d’Agadir.

Lire aussi: “Mouvement des hôpitaux” : interdictions, arrestations et colère militante au Maroc

A la suite du drame, le ministère de la Santé a limogé le directeur de l’établissement et plusieurs responsables locaux, ouvert une enquête interne et annoncé de nouveaux investissements dans le secteur.

Le 14 septembre, des heurts avaient déjà éclaté entre manifestants et policiers devant le même hôpital, où les protestataires dénonçaient un manque criant d’équipements et de médicaments.

Une semaine plus tard, deux sit-in à Tiznit et Essaouira ont été interdits, entraînant l’arrestation temporaire d’une douzaine de personnes, dont plusieurs membres de l’AMDH, rapidement remis en liberté.

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