Plusieurs protocoles d’accord ont été signés, mercredi à Salé, lors d'une cérémonie organisée en marge…
Mohammed Benhammou (CMES) : « L’IA ne doit pas être laissée aux seuls intérêts étrangers »
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Mohammed Benhammou, président du Centre marocain des études stratégiques, livré une lecture géopolitique et pragmatique du positionnement africain face à l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Pour lui, le Maroc peut et doit assumer un rôle moteur dans la construction d’une souveraineté numérique partagée.
C’est une analyse où la lucidité stratégique se mêle à un appel à la mobilisation. Pour Mohamed Benhammou, président du Centre marocain d’études stratégiques, l’intelligence artificielle (IA) représente aujourd’hui une opportunité majeure pour les États et les sociétés africaines, à condition d’en maîtriser les paramètres.
« Pour certains, elle est considérée comme un risque, mais je pense que pour mettre en place une gouvernance de l’intelligence artificielle de confiance, une intelligence artificielle sécurisée, avec l’éthique et la transparence, il est important de voir que le Maroc peut être un hub », affirme-t-il dans un entretien avec H24Info réalisée en marge des 1ères Assises nationales de l’IA tenues récemment à l’UM6P Rabat.
, en insistant sur le rôle continental du Royaume.
Dans cette vision, la question de la souveraineté numérique s’impose comme un axe structurant. Benhammou explique que « nous avons besoin, aujourd’hui, en Afrique, d’avoir une souveraineté dans ce domaine ». Pour soutenir son argumentaire, il pointe les limites d’une dépendance excessive aux infrastructures et modèles venus de l’étranger. « Laisser l’ensemble des données entre les mains d’acteurs étrangers représente pour les Africains un handicap majeur », alerte-t-il, appelant à une logique de coopération régionale et de leadership partagé.
IA: le coût, un obstacle surmontable
Interrogé sur le poids financier d’un tel chantier, notre interlocuteur relativise: « Ce qui est important, toujours, c’est d’avoir les bonnes initiatives et les bonnes idées. L’argent, on le trouve toujours. » Pour lui, le vrai levier repose sur la pertinence des projets et la capacité à attirer des partenaires. « Quand vous avez de bons talents, des initiatives qui méritent, vous trouvez toujours des partenaires. Ce qui est demandé, c’est une co-construction. »
Benhammou évoque ainsi l’idée d’un co-financement des projets IA portés depuis le continent, en capitalisant sur leurs spécificités locales et leur valeur stratégique. « Des financiers, même en dehors du continent, peuvent s’y intéresser », à condition que les porteurs de projets sachent mettre en avant les atouts et les besoins réels, précise-t-il.
Compétition ouverte, souveraineté à défendre
Quant aux étapes prioritaires, pour bâtir une IA souveraine, notre invité est direct: « C’est d’abord de profiter de toute la matière grise et de tous les talents qu’on a au Maroc et sur le continent. » A cela s’ajoutent une stratégie claire et une feuille de route structurée qu’il juge indispensables. Mais, prévient-il, le terrain est concurrentiel, et les appétits internationaux sont nombreux. « Il y a beaucoup de compétition, beaucoup d’acteurs étrangers qui ont des intérêts propres. »
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Benhammou précise que l’Afrique ne peut se construire dans le rejet de l’autre, mais dans un rapport équilibré. « On n’est pas contre la présence des acteurs étrangers, mais on ne peut pas être dans des relations qui ne sont pas gagnant-gagnant », conclut-il.
Ces propos de Mohammed Benhammou ont été recueillis en marge des Assises nationales de l’Intelligence Artificielle organisées les 1er et 2 juillet par le ministère de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration. Amal El Fallah Seghrouchni, la ministre en charge, avait qualifié cet événement de « momentum » historique et annoncé l’élaboration d’un cadre législatif visant à encadrer une feuille de route dédiée et des usages de l’IA au service du citoyen.
Mohammed Benhammou a fait partie des éminents acteurs qui ont été invités à prendre part à la cérémonie inaugurale de cet événement qui s’est déroulé sur le campus de Rabat de l’Université Mohammed VI polytechnique (UM6P).
