Stress hydrique au Maroc: rationner ou périr, met en garde l’IMIS

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Sécurité BID
L’accès inégal à l'eau (70 % concentrés sur 15 % du territoire) creuse des fractures territoriales et socioéconomiques.

L’Institut marocain d’intelligence stratégique (IMIS) vient de publier un nouveau rapport dans lequel il met en évidence une situation hydrique critique au Royaume et l’urgence d’optimiser les solutions en cours, comme le dessalement.

Publié ce mardi, le rapport de l’IMIS dresse un diagnostic sans appel: le Maroc a franchi le seuil critique des 70% d’indice WEI+. Ce qui fait entrer le Royaume dans la zone rouge des pays en surexploitation chronique de leurs ressources. Une situation d’autant plus délicate alors que le pays se trouve dans un contexte de sécheresse aggravée, d’urbanisation rapide et de pressions agricoles intensives.

Ce basculement hydrologique appelle à une urgence politique. Selon les rapporteurs de l’IMIS, la dotation hydrique annuelle du Maroc a fondu de 2. 600 m³ à moins de 600 m³ par habitant entre 1960 et 2025, «un niveau qui le place sous le seuil de stress hydrique sévère».  Et à l’horizon 2035, le pays risque de franchir le seuil de pénurie absolue (500 m³/hab/an), selon les projections du rapport.

Le climat n’explique pas tout. Le rapport souligne qu’entre 2010 et 2024, la perte cumulée estimée dépasse les 7,5 milliards de m³, dont 35 à 40 % imputables à l’intensification agricole post-Plan Maroc vert (PMV). Une part du déficit «non climatique», donc évitable, mais structurellement intégrée aux choix de modèle.

Stress hydrique nonobstant la vision

Pour l’IMIS, malgré que l’eau soit une priorité politique affirmée par le Roi – comme en témoigne son discours du 14 octobre 2022 où il appelle à «une rupture avec toutes les formes de gaspillage» – la mise en œuvre reste dispersée. Ce qui renforce le stress hydrique.

Le rapport relève à ce titre que le Conseil supérieur de l’eau et du climat ne s’est pas réuni depuis 2001. Un contraste énorme pour une structure censée piloter la stratégie nationale. De même, les Agences de bassins hydrauliques (ABH) sont sans pouvoir contraignant et l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONEE), bien qu’historique, souffre de fragilités financières structurelles. Le rapport parle d’une «gouvernance désincarnée», dominée par une verticalité inefficiente.

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Le secteur agricole consomme 86% de l’eau prélevée, mais le rapport rappelle que les gains d’efficacité du goutte-à-goutte ont été absorbés par une extension des surfaces et un basculement vers des cultures exportatrices hydro-intensives, comme l’avocat ou la pastèque. Le soutien public n’est pas étranger à cette orientation: 80% des aides sont captées par moins de 20% des exploitants.

Sur le plan économique, l’IMIS souligne un double effet. D’un côté cela favorise une hausse des devises (+60 % du chiffre d’affaires agricole en 10 ans), mais de l’autre, l’on a une exacerbation des déséquilibres territoriaux et un effondrement des nappes dans des bassins clés (jusqu’à -30 mètres dans le Souss). Selon l’IMIS, c’est un «piège de croissance» qui se traduit par une réussite exportatrice à coût environnemental dissimulé.

Des leviers  contre le stress hydrique

Poursuivant, le rapport indique que l’État mise désormais sur la diversification pour atténuer le stress hydrique. Les experts décomptent 17 stations de dessalement opérationnelles, 4 en construction et 9 supplémentaires en projet d’ici 2030, pour une capacité visée de 1,7 milliard de m³. L’objectif: couvrir 50% des besoins en eau potable, en combinant partenariat public-privé (PPP), énergies renouvelables et gestion circulaire.

Cependant, fait savoir l’IMIS, ces avancées techniques se heurtent à une question de fond: la demande ne faiblit pas. Le tourisme, par exemple, verra sa consommation tripler d’ici 2050 (de 33 à 106 millions m³/an), tandis que 24% de l’eau potable se perd encore dans les réseaux urbains. Le dessalement est une réponse, mais pas une stratégie s’il ne s’accompagne pas d’un rationnement.

Recommandations

Le rapport clôt sur une série de recommandations à haute portée politique: transformation du Conseil supérieur de l’eau en organe doté d’un pouvoir réglementaire, création d’un régulateur national de l’eau indépendant (ANREau), conditionnement des aides agricoles à l’efficience volumique, ou encore tarification progressive par usage.

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L’IMIS propose également un plafond par bassin, une stratégie d’éducation hydrique de masse via les écoles, et un accélérateur industriel “HydroTech Maroc” pour localiser la production de membranes et vannes connectées. Tout un appareil de souveraineté à reconstruire autour de l’eau.

En somme, d’après le rapport, le Maroc ne manque ni d’ambition stratégique ni de visions éclairées pour contrer le stress hydrique. Mais l’ajustement politique à la contrainte hydrique reste partiel, souvent disjoint du terrain et soumis aux arbitrages sectoriels.

Ce que propose l’IMIS contre le stress hydrique, c’est une mise à jour systémique. C’est-à-dire une politique où chaque dirham investi, chaque hectare irrigué et chaque mètre cube mobilisé répondra à une logique de performance sociale, économique et écologique. Sans cela, le socle du développement sur lequel le Royaume est bâti risque de s’éroder.

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