IA: quand le monde embauche, le Maroc temporise

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IA, Emplois , salaires, services, emploi, HCP, travail, marché du travail , Enquête sur la Main-d'Oeuvre, EMO 2026
Le Maroc ne suit pas l'engouement autour des emplois et des salaires liés aux profils de l'IA

Malgré l’essor mondial des emplois et des salaires liés à l’intelligence artificielle (IA), le marché marocain demeure en retrait. Les offres sont limitées, la demande reste timide, mais des signaux clairs indiquent déjà une montée en puissance, notamment en ce qui concerne les rémunérations et les reconversions individuelles. Tour d’horizon d’une transition encore en phase de gestation.

Au Maroc, l’intelligence artificielle ne dicte pas encore les offres d’emploi, et les salaires ne se sont pas soumis à son diktat. C’est du moins ce que révèlent certaines données croisées, émanant d’avis de patrons d’entreprises et de spécialistes en intérim et en recrutement. Une donne qui contraste avec la tendance relevée par la dernière étude de PwC sur les bouleversements opérés par cette innovation sur le marché du travail.

Outre la forte accélération de la productivité qu’elle occasionne (+27 % entre 2018 et 2024), l’étude de PwC publiée début juin souligne une croissance continue des offres d’emploi ciblant les profils IA, y compris dans les fonctions facilement automatisables. Autre fait saillant relevé dans cette étude : des hausses salariales marquées, de l’ordre de +56 % en moyenne pour les postes requérant ces compétences

Mais au Maroc, la fièvre de l’IA ne s’est pas encore emparée des entreprises. Khadija Tamda, dont l’entreprise Maroc Force Emploi (MFE) est spécialisée dans le recrutement et l’intérim, indique ne pas recevoir de demandes particulièrement liées à ces profils.

« Je ne sais pas comment ça se passe dans les autres agences, mais nous, c’est les développeurs, les informaticiens ; les profils IA, non », fait-elle savoir. L’entreprise basée à Tanger, et présente dans plusieurs villes du Royaume, insiste ne pas avoir été sollicitée là-dessus et nous invite à nous enquérir auprès d’autres acteurs.

Même son de cloche du côté de Digiware, autre entreprise évoluant dans le recrutement et le placement de compétences. Si, à la différence de MFE, Digiware est spécialisée dans le domaine de l’IT, les deux vivent la même réalité. Les clients ne se bousculent pas autour des profils IA, et les offres jusque-là réceptionnées ne les ciblent pas particulièrement.

Un responsable contacté confirme que les besoins en compétences d’intelligence artificielle restent marginaux à ce stade. «Actuellement, je n’ai pas encore observé un fort besoin dans ce domaine», indique-t-il. Il précise qu’à peine quelques ingénieurs data ont été recrutés, dans des proportions limitées. « Chez certains de mes clients, il y a une petite équipe data, quatre ou cinq personnes, pas plus», ajoute-t-il.

La variation salariale, loin d’être un mythe

Si l’engouement pour les profils en intelligence artificielle n’est pas encore au rendez-vous, Digiware ne cache pas son assurance que cela ne saurait tarder. Deux facteurs, selon son responsable, en sont les premiers signaux : la valorisation salariale accordée aux quelques profils gérés, et la réorientation croissante des candidats vers ces compétences.

Sur la rémunération, les profils spécialisés en data intelligence affichent une nette supériorité. Alors qu’un développeur classique démarre à 8 000 ou 10 000 dirhams, les profils data peuvent prétendre à des niveaux bien plus élevés dès les premières années, entre 12 000 et 14 000 dirhams.

Lire aussi : Mohammed Benhammou (CMES), « L’IA ne doit pas être laissée aux seuls intérêts étrangers »

«Par exemple, j’ai rencontré une personne de 4 ans d’expérience. C’est un ingénieur data. Je crois qu’on l’a recruté à 18 000. Il aurait fallu au minimum six années d’expérience à un profil IT classique pour prétendre à un tel niveau de traitement.»

En clair, l’écart n’est pas uniquement lié à l’expérience, mais surtout à la spécialisation. Digiware estime que les profils data dépassent en moyenne de 20 à 30 % les rémunérations classiques dans l’IT.

IA : les chercheurs d’emplois se préparent 

Ce différentiel pousse de nombreux professionnels à réorienter leur trajectoire. Selon Digiware, environ trois profils sur dix dans l’IT intègrent désormais des compétences IA à leur CV. «Ils savent que d’ici quelques temps, s’ils ne se mettent pas au data, ils seront dépassés», observe le responsable.

Cette anticipation ne touche pas uniquement les profils techniques. Des cadres issus de la finance, du contrôle de gestion ou d’autres métiers s’auto-forment de plus en plus pour rester dans la course. «Oui, on voit des gens qui enregistrent des formations IA, parfois venant d’horizons totalement différents, comme l’audit ou la gestion.»

Malgré cette dynamique ascendante, Digiware conserve une posture prudente : pas de conseil, pas d’incitation à évoluer, seulement un traitement strict des demandes. « Le côté conseil, on ne le fait pas vraiment. Ce sont les candidats eux-mêmes qui voient comment le marché évolue. Ce n’est pas notre travail.»

En somme, si la transition vers l’intelligence artificielle semble enclenchée à l’échelle individuelle, elle reste encore à formaliser au niveau des entreprises. Et si les salaires de certains profils explosent, c’est une fièvre qui n’a pas encore envahi les services RH.

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