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Venture capital: un écosystème en pleine structuration au Maroc
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Financement destiné aux startups, le venture capital, ou capital-risque, commence à s’ancrer durablement dans le financement des entreprises innovantes au Maroc. Toutefois, des entraves freinent son plein essor.
Comme les autres véhicules de financement du capital investissement, le capital-risque a une cible bien précise, une structuration qui lui est particulière et des mécanismes propres. Interrogé sur le fonctionnement de cette classe d’actif, Hassan Laaziri, président de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC), explique que «le venture capital n’est pas juste un fonds, c’est un cycle de financement structuré. Il faut des investisseurs qui prennent le relais à chaque étape, du seed au Série A, puis au Série B et C jusqu’à l’exit».
Il faut savoir que le venture capital (VC) vise exclusivement les startups et se structure en quatre principales phases d’investissement. Ce sont, dans l’ordre, les phases d’amorçage (seed stage), précoce, communément appelée Série A (early stage), de croissance, connue comme le financement Série B (growth), et avancée ou la Série C (later stage).
D’après les experts du domaine, jusqu’ici, le Maroc disposait principalement de financements Seed et Série A, avec des tickets allant de 100.000 à 5 millions de dirhams. Désormais, l’écosystème évolue vers des Série B plus conséquentes, attirant des investisseurs capables de financer des levées allant jusqu’à 20 millions de dirhams. Cette montée en puissance témoigne de l’intérêt croissant des acteurs financiers pour les jeunes entreprises à fort potentiel.
Parlant du financement Seed, le plus répandu dans le Royaume, Hassan Laaziri souligne que «ce modèle repose sur la diversification du risque. Les fonds savent que sur 40 investissements, 30 échoueront, 5 seront moyens et 5 exploseront. C’est la logique du venture capital.»
Un levier pour l’entrepreneuriat et les startups
Comme souligné plus haut, le capital-risque joue un rôle fondamental dans la croissance des startups marocaines, favorisant leur développement à travers des financements adaptés à chaque étape de leur maturation. «Il y a une véritable évolution du mindset entrepreneurial. Nous voyons de plus en plus de jeunes qui veulent créer, innover et bâtir leur propre trajectoire plutôt que de suivre un modèle classique de carrière», observe le président de l’AMIC.
Cette dynamique est également portée par la diaspora marocaine, qui participe activement à l’investissement dans des entreprises basées à l’étranger tout en gardant un lien fort avec le Maroc. «Les startups marocaines se domicilient souvent à l’étranger pour des raisons stratégiques, notamment pour lever des fonds auprès d’acteurs internationaux. Cela a été compris par l’Office des changes qui permet désormais ce type de structure», explique-t-il.
Venture capital: des opportunités et défis à surmonter
Si le venture capital marocain connaît une croissance accélérée, tout n’est pourtant pas rose. Certaines fractures subsistent dans le modèle de financement. En particulier, une polarisation des tickets d’investissement est observée. Sur la question, le président de l’AMIC fait remarquer que «les financements inférieurs à 10 millions de dirhams explosent, tout comme ceux au-delà de 100 millions, mais entre les deux, il y a un vrai gap à combler».
Ce manque de fonds intermédiaires pénalise les TPE et PME, qui restent souvent sous-financées et peinent à accéder aux ressources nécessaires pour passer à une phase de croissance avancée. Si le Fonds Mohammed VI pour l’investissement a amorcé une réponse à cette problématique, des acteurs complémentaires devront émerger pour rendre le spectre d’investissement plus homogène.
D’autre part, le développement de fonds locaux dédiés au venture capital reste encore insuffisant. Bien que certains fonds internationaux investissent au Maroc, une implication plus forte des investisseurs marocains permettrait de renforcer l’ancrage de cette classe d’actifs dans l’économie nationale.
Le cadre réglementaire, un frein à dépasser
Autre obstacle, le cadre réglementaire. En effet, la réglementation financière actuelle constitue l’un des principaux freins à l’expansion du capital-risque au Maroc. «Aujourd’hui, nous avons un cadre limité avec seulement des actions et des obligations. Pour structurer des financements innovants, il nous faut des valeurs mobilières composées, comme les bons de souscription d’actions», regrette Laaziri.
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Pour autant, le tableau n’est pas sombre. Le Maroc, avec l’appui de la Banque Mondiale, prépare en ce moment un projet de réforme pour élargir la palette d’outils financiers disponibles. Cette évolution est cruciale pour structurer des levées de fonds plus flexibles, et permettre aux entreprises financées par le venture capital de mieux adapter leurs besoins financiers à leur croissance.
Dans cette perspective, le Maroc devra aligner sa réglementation avec les standards internationaux, afin d’attirer davantage de capitaux étrangers, tout en favorisant la montée en puissance des investisseurs locaux.
Le venture capital marocain est aujourd’hui à un tournant stratégique, porté par un écosystème en structuration, une montée en puissance des financements et une prise de conscience accrue de son rôle dans l’innovation.
Si les perspectives sont prometteuses, des ajustements restent nécessaires pour rééquilibrer les financements, diversifier les outils réglementaires, et faciliter l’accès au capital pour les entreprises à fort potentiel.
