Le manque de préparation, premier frein au financement des PME africaines (vice-pdt de l’IFC)

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PME-entrepreneur face à des difficultés
©DR

Ethiopis Tafara, vice-président de la Société financière internationale (IFC) pour l’Afrique, a récemment posé un diagnostic sur les freins au financement des PME en Afrique et proposé des pistes de solution.

Dans son intervention lors du panel inaugural de l’African financial industry summit (AFIS) tenu la semaine dernière à Casablanca, Ethiopis Tafara, vice-président de la Société financière internationale (IFC) pour l’Afrique, a souligné que bien qu’elles représentent entre 80 et 90% des emplois créés sur le continent, les petites et moyennes entreprises (PME) restent les grandes oubliées des flux financiers.

Entre préparation insuffisante, absence de garanties classiques et fragmentation des canaux de financement, les freins sont nombreux. Pourtant, ce ne sont pas les solutions qui manquent pour résorber ces difficultés et transformer ce segment en moteur de croissance inclusive.

Tafara a souligné le poids des PME dans l’économie africaine, affirmant qu’elles constituent la colonne vertébrale du tissu productif, irriguant les territoires et absorbant la majorité des actifs. Malheureusement, leur accès au financement reste marginal. Pourtant, les PME devraient être «un secteur prioritaire pour le financement », a rappelé Ethiopis Tafara, soulignant l’urgence d’une approche ciblée.

Cependant, «quand on parle aux institutions financières, leur première inquiétude est: ces PME sont-elles prêtes?», a déploré l’économiste. Selon lui les institutions financières, souvent frileuses, pointent du doigt des raisons structurelles: manque de préparation des PME, gestion approximative de la trésorerie, comptabilité peu fiable, absence de garanties.

PME et financement: au-delà des banques

AFIS 2025 Ethiopis Tafara
Ethiopis Tafara, à l’extrême droite ©H24Info

En guise de solution, la première piste évoquée par le fonctionnaire international est celle de la préparation. Il ne suffit pas de créer des mécanismes de crédit, encore faut-il que les bénéficiaires soient en mesure de les absorber. «La préparation des PME facilitera le financement», a-t-il insisté, appelant de ce fait à des programmes d’accompagnement sur la gestion financière, le suivi des stocks et la structuration comptable.

Cette approche suppose une coordination entre les acteurs publics, les institutions de garantie et les réseaux d’appui aux entreprises. Elle permettrait de transformer les PME en entités bancables, capables de dialoguer avec les financeurs sur des bases solides.

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Le second levier repose sur la diversification des canaux de financement. Les banques, soumises à des contraintes réglementaires lourdes (Bâle II, Bâle III, IFRS 9), peinent à endosser le risque des petits tickets. Tafara a alors plaidé pour une ouverture vers les institutions non bancaires, plus agiles et capables d’adopter des modèles alternatifs.

«Il faut explorer les institutions non bancaires qui adoptent une approche comportementale plutôt qu’axée sur les actifs.» Autrement dit, des modèles d’évaluation fondés sur les comportements de gestion, les flux réels, et non sur les garanties physiques. Cette approche, déjà expérimentée dans certains pays, permettrait de débloquer des volumes significatifs de crédit vers les PME.

Optimiser les coûts, le risque et l’approche

Le financement des PME est également freiné par des coûts élevés. «Plus le ticket est petit, plus le coût relatif est élevé.» Ainsi, les coûts de transaction, les exigences réglementaires et la fragmentation des régimes fiscaux rendent l’investissement dans les PME peu attractif pour les institutions classiques.

Pour y remédier, Ethiopis Tafara a évoqué les mécanismes de partage de risque, les garanties mutualisées et les plateformes régionales. Objectif: réduire le coût unitaire du financement, sécuriser les prêteurs et créer des effets d’échelle.

Au-delà des solutions techniques, il a appelé à une transformation du récit: les PME ne doivent plus être perçues comme des entités risquées, mais comme des vecteurs de résilience, d’innovation et d’emploi. «Ce qu’il nous faut, ce sont des entreprises capables de résoudre les problèmes de développement», a-t-il fait remarquer, invitant à une mobilisation collective pour faire émerger des champions locaux.

Le vice-président régional de l’IFC a toutefois précisé que cette mobilisation passe par une meilleure coordination entre les États, les régulateurs, les institutions financières et les acteurs de terrain. Elle suppose aussi une volonté politique de structurer des écosystèmes favorables, avec des incitations fiscales, des infrastructures de données et des dispositifs de garantie adaptés.

En clair, le financement des PME africaines ne relève pas d’un déficit de capital, mais d’un déficit d’organisation, de confiance et de vision. Ethiopis Tafara s’est attelé à esquisser les contours d’une stratégie continentale fondée sur la préparation, la diversification, la mutualisation et la valorisation. Reste à transformer ces pistes en politiques concrètes, à l’échelle nationale et régionale, pour que les PME cessent d’être un angle mort du financement et deviennent enfin le cœur battant de la souveraineté économique africaine.

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